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10/04/2013

En pause

EscalierMarin - Copie.jpgPiste bleue , Thera.

"Je suis sur que ces lieux redeviennent sans cesse fertiles par la seule résolution de se mettre en route et d'avoir le sens du chemin. Je n'y rajeunirai pas. Nous n'y boirons pas l'eau de jouvence. Nous n'y serons pas gueri(e)s. Nous n'y verrons pas de signes. Nous y aurons simplement été. Nous aurons vu en ces lieux les choses se transformer/..

J'ai besoin de ces lieux, je les désire. Et mon désir que veut-il? Rien que de l'apaisement. " P Handke ( L'absence) .

22/01/2013

Désarmer

Il existe une famille d’actes de langage très utilisée qui mériterait un peu plus de reconnaissance: celle des désarmeurs. De la grande tribu des adoucisseurs, ils cherchent à atténuer une réaction qui pourrait être négative ou à neutraliser l'effet menaçant d’un discours; de toute évidence ils mettent un peu de courtoisie et de second degré dans les échanges. Pour aborder sa vie privée lors de la cérémonie Golden Globes, en dépit des stéréotypes de l’exercice, Jodie Foster en a utilisé toute une batterie: l’interrogation, qui renvoie l’air de rien la balle au récepteur ( « reality show is enough, don't you think ? »), le décalage temporel (« si vous aviez été à ma place.. »... "in the future you will.." ), la négation ironique ( « please don’t cry »), la substitution ironique ( « I’m single!  » et les bras m'en tombent ) , la minimisation (« mon coming out je l’ai déjà fait il y a des années … ) ici dopée à l’hyperbole ( …à l’âge de pierre » ).

Parce que j’ai une certaine tendresse pour la minimisation, je me souviens de celui-ci utilisé par une jeune femme pour désarmer H. : « ça ne sera pas long , juste le temps de t’embrasser » . Je la soupçonnais d’avoir étudié la frontière à ne pas dépasser pour réussir son effet, celle qui se situe à peu près entre désarmer et amadouer.

14/10/2012

Europe égarée

EuropeEnlevée.jpgN’en déplaise à nos architectes, c’est moi qui ai inventé le premier labyrinthe, non pas pour te perdre mais pour te permettre de me suivre. Cette traque amoureuse insensée n’aurait pas eu lieu dans la réalité mais là … homme, femme, taureau, chacune de tes formes emprunte quelque chose à un désir naissant, autant d’hypothèses livrées aux dieux.  Dans cet infini de voies possibles,  le corps d’une femme, d’un homme ou d’un taureau…  rien ne m’empêche d’y penser, rien ne m’empêche de revoir tes tentatives d’approche et de réinterpréter mes erreurs. Ce jour-là le soleil était haut et les parois des gorges m’ont parues bien plus vertigineuses que les murs de la cité. Je marchais vite, repoussant les bouquets de branches poivrées qui cinglaient mes épaules,  pour rejoindre la plage où nous laissions nos bêtes pâturer. Sur le plat du sentier, les jambes un peu plus lourdes, j’ai ralenti ma course et  ta peau laiteuse s’est soudain laissée prendre aux jeux de lumière dans les trouées de la frondaison. Ce fut un choc pour moi d’être la proie d’un invisible, mais en percevant ta présence entre les branches, j’ai aussi perçu le battement de mon cœur, est-ce ça qui forge une destinée ?

Est-ce parce que le matin, les nuages dessinent les courbes flottantes de ton fanon et le soir d’autres constellations,  l’émail piqué de tes cornes ?

Une autre fois,  tes pas me précédèrent dans  le réseau de ruelles brûlantes qui dégringolent jusqu’à l’enclave du port.  La puanteur s’élevait des barques fatiguées et je te vis de dos sur le sable, ton cou était musclé et sa couleur celle de la neige, presque semblable aux fils blancs de tes cheveux mélangés au filet de pêche que tu portais sur l’épaule. Ce jour là tu étais une femme, curieusement d’un certain âge ou plutôt sans âge mais n’est-ce pas la même chose ? Tu magnétisais mes pas car je suis entrée lentement dans l’eau en suivant ton sillage. Quand les vagues ont atteint mes hanches et que le filet flottait autour de nous comme un monstre marin menaçant de nous avaler, j'ai osé te parler et c’était sans malice : tu ne m’as pas enlevée.  On n’enlève pas un cœur qui vous appartient déjà, mais je me suis prise aux rets de cette situation qui s’éternise, voilà mon embarras. Je vais te le dire autrement:  nous sommes restés ensemble dans le labyrinthe.

30/06/2012

Genre

En ce week-end de marche des fiertés où la joie s’imprègne de militantisme, c’est le moment de partager la fable "l'arobase et l'esperluette" consignée par Gérard Genette dans son dernier opus qui apporte une ardente contribution au débat sur la question du genre.

"Une @robase aimait une e&sperluette, et, ce dit-on, elle en était aimée

Mais, un beau jour, cette étrange bluette, fut découverte et fort blâmée,

Quoi, disait-on, ce feu contre-nature, où tant de paille allume tant de foin

Nous priverait d'une progéniture, dont la pays a tant besoin?

Heureusement, poète aux idées larges, ayant vu le cas tourner au vilain,

Raymond Quenelle inscrivit dans la marge: Arobase est un nom masculin.

Ainsi réglé par décret poétique, notre affaire eut un heureux dénouement,

Car, reconnus couple typographique, nos deux amis eurent beaucoup d'enfants.

Moralité: amants, heureux amants, la fable est-elle obscure?

Accouplez-vous sans embarras, de votre sexe n'ayez cure,

Un poète s'en chargera".

09/05/2012

Des natures froides

Olga.jpgA cet endroit, le fleuve est tellement large et la glace si épaisse  que les promeneurs y ont creusé un chemin. Semaine après semaine, il  laisse apparaître ses ornières durcies dans le lit avant de disparaître au loin derrière un promontoire, une île. Justement Théophile Gautier écrivait  lors de son voyage en Russie que « rien ne distingue ce fleuve de la terre ferme »  puis chipotait  « si ce n’est ça et là, le long des quais, pareils à des murs, quelques bateaux qui hivernent surpris par les froids ».

Et la rive ? On l’avait oubliée mais elle  se tient derrière un  escalier aux marches  jaunâtres et brillantes taillées directement dans  l’eau qui descend le long de la muraille d'une prison. Comme toutes les prisons, le lieu est sinistre et suinte l’histoire. Ses cellules entraperçues par les meurtrières situées sous le niveau du fleuve ont mis au supplice de malchanceuses princesses. L'accès qui donne sur l’eau était appelé "porte de la mort", au moins c’est clair.  Aujourd’hui les promeneurs viennent s’y tenir la main et contempler la vue depuis l’avancée en forme de croix sans arbres. Descendre le chemin sur l'eau et les deux ne font qu'un. Ce fleuve  supporterait-il tout quand notre hiver français est si las ? En Russie lorsque le pied tâte le sol , il est solide sous la poudre. Ce n’est ni la terre ni la mer, c’est une avenue blanche dont la vie est immobilisée et s’encadre  dans la ville. Aucun apparat, aucune tentative de plaire dans ce tableau. Sa beauté est froide. Quelque chose est prisonnier là-dessous et s’offre aux pas d’un hiver interminable parmi tous les autres hivers où des silhouettes glissantes se sont habituées à disparaitre.

Le plus surprenant n’est pas de marcher sur l’eau (quand même) mais de retrouver ce paysage dans le visage d’Olga.  Il est immense et pris dans d'autres glaces.  Il n'a pas besoin de mots pour expliquer qu'il emprisonne exactement le même tumulte, sans la moindre trace de passion.  Rien de plus personnel que les correspondances sensibles, se dire ( et c'est fugace) que « tout se tient ».


Le visage d’Olga peint par son père Nesterov ressemble à la Neva. « Ce n’est pas un doux charme, un rêve printanier. C’est un subtil poison de songes inutiles » Annenski.

29/01/2012

chromater l'Escaut

Lescaut.jpg

Bord de l’Escaut, 100% = 3h

Le chromateur est un instrument expérimental qui découpe empiriquement le temps à partir des couleurs, ou plutôt des sensations visuelles. Il est construit sur le même modèle que le chronodeur qui découpait le temps à partir des parfums. Il est inutile,  donc totalement indispensable à la manifestation de ce qui reste caché .

Réverbération de la lumière sur l’eau du canal engourdi, une vapeur d’argent enveloppe de fausses silhouettes sur de vraies péniches 23%

Vivacité du rouge, du jaune de l’orangé, toutes les couleurs chaudes et  argileuses des briques qui ont pignon sur rue 19%

Aquarelle flamande dans ses yeux, le gris lentement attiré par le bleu (détail d’un tableau qu’elle préserve depuis longtemps) 17%

Vert terni des sédiments au fond d'un bassin durablement pollué 7%

Saturation turquoise sur la tunique de la reine de l’estaminet qui sourit mais dont le regard dit Non 5%

Pigment ambré et flottant, restituant ses particules ivres au fond d’un verre trappiste 5%

Absorption indigo de l’encre de son stylo sur l’envers de ma main lorsqu’elle prend mon corps pour un buvard 3%

Craie blanche d’une voilette inattendue 1%

Colorant (ultra puissant) de la vie au large 20%.

 

17/12/2011

Chemins dans la ville

Chemins.jpgDescendant à la station Palais-Royal ce matin aux alentours de huit heures, je me rappelais instantanément tous les matins où, descendant à la station Palais-Royal aux alentours de huit heures, trois chemins s’offraient à moi, secrètement bornés comme le carrefour d’une grande route forestière.

1 A droite, remonter à l’abri de la façade qui cloisonne le jardin par la rue de Valois jusqu’à l’immeuble où je travaillais sous un toit protégé des marchands de biens par son classement aux monuments historiques. C’était le trajet le plus court, sans aucune distraction, aucune perspective, le trajet simplifié, celui qu’il était possible d’emprunter en courant en retard entravée. Le décor devient presque inutile : ici seul le parcours compte.

A gauche 2 consistait à passer devant la librairie delamain encore fermée et s’arrêter devant sa vitrine : elle reflète la vie qui passe  dans la rue autant que le fruit de son immobilisation dans les mots. Lever les yeux vers l’espace vide entre les rayonnages, le parquet et l’échelle montant aux étagères. L'endroit est simple et beau. Je la croisais ici sans le savoir,  elle ignorait tout de ce qui pourrait éventuellement nous lier par la suite. L’empan de son manteau d’hiver libérait l’espace lorsqu’elle traversait en silence. J’avais le nez plongé dans l’incipit mais la présence de l’autre, on le sait, change la lecture car elle accroche les sens au passage, obligeant à mélanger l’histoire écrite avec celle qui se prépare dans la réalité. La librairie comme lieu de rencontre, voilà une légende qui déperira avec la mode des liseuses électroniques sevrées du papier et shootées au doigté digital. Derrière la comédie française, entrer par le péristyle qui est un point de passage indispensable. Ici peu importe la sortie, c’est un trajet interrompu dont seul le centre compte (un jardin noyautant un palais qui poursuit une histoire démarrée à l’intérieur d’une ville) Raconter.

En face 3 le dernier chemin traversait le patio vide  à cette heure et slalomait entre les colonnes de Buren pour emprunter la galerie de Montpensier et faire le grand tour. Le tour royal qui laisse le temps d’observer le même endroit depuis les quatre côtés avec quelques minutes d’écart. Le cercle du bassin luisant de pluie, les branches noires, les troncs alignés comme décalcomanies des grilles. J’ai toujours trouvé une forme de consolation dans la répétition, mais en marchant à pied le long d’un parcours archiconnu, maitrisant son propre rythme et imprimant une allure choisie à la ville, c'est mieux que ça, c'est y trouver physiquement et émotionnellement son compte.

 

[joyeuses fêtes]

23/10/2011

Nettoyer l'espace

Dommages.jpg« La quantité de débris en orbite autour de la planète a atteint un point critique affirme une étude américaine, pour laquelle le nombre de collisions, et donc de nouveaux débris,  augmente de plus en plus, mettant en danger nos satellites et la vie des astronautes » Slate.fr en 2011

 En surveillant les orbites utiles, je sens à nouveau qu’elle s’ennuie. Une lassitude qui affecte la précision de ses gestes avant de se perdre entre ses épaules. Nous nous faisons face au bord d’un terrain vague moiré aux frontières flottantes,  suspendues jusque dans nos membres à un travail minutieux et répétitif. Une mission d’accumulation qui n’a pas le panache assigné à l’exploration spatiale (dans sa tête en tout cas). Elle s'ennuie. Le corset vaporeux des pléiades ne lui inspire rien de plus qu’un amas de poussières à la traine fantomatique. Six semaines à téléguider de petits modules fragiles, aussi précieux qu’une extension de nos corps, pour capturer par agglutination les débris dangereux avant de les envoyer se frotter à l’atmosphère où ils se détruisent naturellement. Six semaines à s’observer manœuvrer les poubelles dans le videet à se demander pourquoi, mais pourquoi personne n’a trouvé de meilleure solution pour protéger le blindage des ISS ! Une dizaine de nuits à  parler de l'intime et à revenir sur la manière dont Hélène a accueilli sa nomination devant leur boite aux lettres  : «  inutile d’avoir fait prépa pour nettoyer l’espace, une geek légèrement pyromane aurait aussi bien fait l’affaire ».

Alors depuis ce matin,  nous jouons.

Un réservoir d’hélium sphérique en provenance d’un lanceur mort affublé d’un câble électrique ? La silhouette d’un éléphant. Ce bidon couvert d’écailles sales: ventre d’un animal plus féroce  tapi dans la vase des aurores australes. Une découpe d’acier noir rectangulaire bien propre, l’entrée d’un peep show ? Mais pour qui me prends-tu. Pièce cylindrique longue, 2 m 70 environ, marquée d’un sceau britannique, voilà Big Ben. (C’est une joueuse remarquable, elle n’a aucun mal à me mettre en difficulté sur les objets nécrosés dont on ne reconnaît plus rien et dont les figures nécessitent une bonne dose d’inférence). Vingt-sept boulons noircis dans leur nasse calcinée en aluminium : la récolte des olives à Kalamata. Je l'aime bien celui-là. Allons voir ici. Tiges soudées à un épais rouleau et ses ressorts en béryllium, masse 12-15 kg: le barda casse-pieds du camping en juillet (j’étais encore si proche d’elle, nous campions). Plusieurs plaques de métal piquées de vérole électronique et reliées entre elles comme une péninsule: cet endroit que tu n’as jamais visité et qui pourrait illustrer nos jeux. New York ? Non, regarde les ponts en titane  entre les iles et les vagues noires en arrière-plan,  regarde l’essaim des étoiles tout autour.

Il neige sur Macao.

 

12/09/2011

Ariane à Naxos

Kentro.jpgLui qui m’a abandonnée ici ne savait pas ce que j’allais y trouver. Peut-être imaginait-il cette île suffisamment fertile pour que je ne manque de rien et insuffisamment guerrière pour que je puisse m’y armer afin de le poursuivre. La vérité c’est qu’il ne saura rien, mais vraiment rien, de ce que j’ai pu y trouver.

Y voir.

Le ruban d’or liquide sur la mer à chaque soleil couchant. Il trace la voie flottante et souveraine que la barque du pêcheur s’empresse de couper de sa coque alourdie par les prises. Indifférente aux jeux de la lumière. A d’autres préoccupations.

Léna et Iliána mélanger leurs mains et leurs peaux d’adolescentes allongées unies dans le coude du chemin qui mène à la carrière de marbre, topos où l’herbe pousse très fine, très longue et reste savamment aplatie par le vent.

Un citronnier, que dis-je, des paniers de citrons ! d’une laideur grumeleuse, avares en jus mais dont les feuilles aromatiques combinées à la peau du raisin distillent cul sec une chaleur moite particulièrement impropre au climat.

La végétation serrée abritant ma promenade le long du falaj (jadis j’ai voyagé en Orient) : les grands lauriers roses emmêlés de lianes qui trainent au sol, le fenouil torche éclairante dont j’aime sucer des brindilles, les aconits impurs agrippés à la pierraille, les figuiers et la menthe montée en graine, sauvageonne. Marcher sur ces fonds sablonneux où la passion s’épuise.

En plus des oursins violacés, le garçon qui rapporte à sa mère un poisson dont le profil lui fait penser à un petit homme contrefait. Il a plusieurs rangées de cils noirs plantés en quinconce. Ils l’observent et ce mystère attise la tendresse qu’ils se portent. Ils ne mangeront pas le poisson.

Dans son atelier sous les étoiles, Enée utilise l’émeri pour le polissage de sa koré ; le désir revient seulement lorsqu’il s’attaque aux pieds. Le pauvre.

Et moi buvant le jus clair et poisseux du cédrat chaque soir sur le port en compagnie d’un homme versatile à la barbe hirsute, grouillante de vie comme le pelage de certains animaux est rempli d’ insectes, qui m’enchante, et qui m’amuse et qui m’enivre et qui me fait oublier cet amour que je n’oublie pas.

07/07/2011

Saudade

lisbonneIl me dit que le fado est une émanation de cet état d’âme flou et ancestral propre aux portugais, la saudade. Je devrais le croire : il est né ici, ce Lisboète! Pourtant je reste persuadée du contraire: que la saudade est apparue le jour où tel(le) a écouté une femme chanter du fado dans une cave au cœur même de l’Alfama et n’a pas réussi à choisir les mots pour décrire son sentiment. Qu’elle (qu'il) s’est sentie à cet instant sans passé, sans avenir, sans possession et sans responsabilité. Sans consolation à part l'émotion du moment, donc parfaitement dans la réalité.

 Bel été à toutes et tous

13/06/2011

Tentative d’épuisement d’une minute de sa trentaine*

Jour : 11.06.2011

Heure : 06h28 à 06h29

Lieu : « une chambre à soi » 

Temps : il ne pleut pas

Dehors, sirène lointaine d’un bateau invisible. La délimitation sonore d’un quartier, d’une maison dans la ville, d’une chambre en haut de la maison. Fenêtre ouverte sur le ciel, traversée par un faisceau de lumière qui reste planté à la verticale comme une épée blanche entre l’escalier et le lit. C’est une protection immatérielle dont le halo blême épaissi par la nuit trainante glisse lentement le long de la lame jusqu'au parquet. Elle est endormie; je vois bien l’enveloppement de peinture nocturne de son bras en plongée, il ressemble à une branche de bouleau mais la main racinaire n’agrippe rien. Elle pend, touche le vide et prolonge l’accalmie du moment. Caresse sans fond qui pourrait inventer une nouvelle peau pour la recevoir. Pourtant elle ne le fait pas, elle ne confond pas le vide et l’absence, elle connait la différence et repose subtilement dans la légèreté d’un espace inoccupé. Elle est tranquille. L’autre main ce n’est pas du tout la même histoire. Ongles peints nacrés, elle agrippe les draps, et dévore la nuit. Nous nous voyons si peu alors que je m'expose si souvent pour me frayer un chemin parmi les envies des autres, leurs frayeurs et aussi leurs échanges de pouvoir. Alors que fais-tu ce soir ? Rejoins-moi. Ton corps sera autour de moi comme une nouvelle carapace. Se reposer prend trop de temps, se reposer aura le dernier mot, il nous faut faire un raid nocturne, débarquer les valises prêtes au départ et armées jusqu’aux dents, armées du désir de se rejoindre.

Couleurs : blancs rayons, parquet sombre pétrole, draps bleus et gris, abat-jour perlé, table de chevet daim,  ciel gris astrakan, cheveux bruns, ongles nacrés, étoiles points métalliques.

Trajectoires : le bras gauche va en bas, le bras droit part en angle, le rayon de lune descend à pic, la rumeur de la ville monte, naissante.

 Et puis plus rien. Si, la minute suivante.

 *Voir Perec, of course.