06.04.2008

Dedoublée

320018582.jpg

Le jeu des doublets a été inventé par Lewis Carroll lors d’un dîner vaporeux en manque de divertissement. Lui aussi n’était pas très sérieux mais savait bien faire semblant. L'exercice consiste à changer un mot en un autre en modifiant une seule lettre par étape. La chaîne est composée de maillons de même longueur et propose l'illustration d'un lien de dépendance dont les points de départ et d'arrivée n'ont pas de lettres identiques dans la même position. Originellement il y a d’autres contraintes comme l'exclusion de noms propres, et la chaine parfaite doit être construite avec le même nombre de palliers que de lettres. Mais l'imperfection ne nuit pas à la distraction.

[facile, l'émoi rend moite] EMOI VOILE TOILE MOITE [et dans sa main, une rose] MAIN SAIN AISE SIRE ROSE

[circulaire et bien connu, partir = retour] PARTIR TRAHIR RETIRA MAITRE MENTIR RENDIT TONDRE DETOUR RETOUR

[l'ennui, c'est quand même qu'écrire rend double] ECRIRE CROIRE RECRIE RECRUE ECROUE ENROUE OURLEE ROUBLE OUBLIE DOUBLE

L'échelle des doublets est vertueuse, elle rend visible certains sauts de puce de l'esprit dans une approche plutôt folâtre. Dans le fond, elle est très bloguesque. Un pallier, puis un autre. Ici le tracé est juste plus large que le mot , les encoches sont des historiettes peuplées de figures de l'instant, vivantes en pointillés mais qui ne vieilliront jamais, distraites par la volonté narcissique qui les guide et les épingle avec datation comme des curiosités de foire. Les traces de réalité affleurent dans la fiction, l’inverse aussi est vrai, plus confusément. Si dans toute action de création, il est possible d’expérimenter les choses sans les vivre par ce recyclage permanent des émotions et des idées, faut-il se laisser saisir par ce qu'on n'a pas encore pu donner ni recevoir? Le temps de l'écriture rend dissident à sa propre histoire. Une transaction qui peut être vécue par le foyer comme une disgrâce. Avec le plus grand naturel, suivant le fil, j'accepte de donner vie à ce que je n'ai pas vécu.

02.03.2008

Dublin her

214047266.JPG 

En général les muses tombent de nulle part.

Joyce a rencontré la sienne en déambulant sur Nassau street, ligne de circulation incurvée prenant sous son bras l'austère Trinity college. C'était en 1904. Aujourd'hui il aurait pu la croiser dans les jardins du Musée d'art moderne devant le labyrinthe végétal, avec vue sur l'assemblage de grues en marche pour transformer la ville tout comme les hommes monumentaux de McKenna* sont inscrits dans un mouvement réfléchi à leur place. A sa place toute intacte, j'aurais pu dire :

Assise sur un banc, elle fume un joint en regardant les cheminées fumer fumées. Chemise rose sous fourrure noire, la manche dépasse, carton d'invitation pour qui? Jamais vu autant d'hommes enkiltdeclan, débarquement, célébration, retour à la maison. Vite fait bien fait, coït sportif, tant mieux ça ne laisse pas de traces ces bons pratiquants ( sifflote en passant la Liffey). Seamus, lui, parle de son pays comme d'un frère meurtri au combat. Les impacts de balles des anglais sur les colonnes de la poste centrale, Árd Oifig an Phoist , résistance de flammes fières dans ses yeux, coeur sur la main et la main sur le compteur devant St Stephen Green. Passer et repasser la Liffey avec les mouettes qui montent la garde, collège bruyant criant krikrikri, bouffeuses de tripes de poissons à l'embouchure. Reflets argentés déplumés de couleur, sauf les portes. Sauf les portes, les trèfles et ses yeux. Et Madame? Prendra un pur malt the wild geese, vol d'oiseaux descendants d'irlandais au plafonnier. C'est de la tourbe qui brûle. Tous les soirs c'est Paddy Power dans la ville. Temple Paddy Bar. Bookmakers de leur solitude et bonne descente. Faut se frayer un chemin jusqu'au pub pour la voir faire des tracés sur la mousse, elle dessine mon nom dans la Guinness cinq lettres en une, amoureuse fortiche, rester au coude a coude au comptoir pour goûter l'écume du bout de ses doigts, resteresteresteresteresteresterester. Ou bien prendre le tram: le Luas transperce les faubourgs au couteau, Dublin grandit le bras en écharpe mais tout finit par cicatriser. De l'intérieur aussi. Et dans le wagon elle prend la gueule du chien de la fille assise à côté d’elle au creux de sa main. Paume reposoir pour tête de chien, ça fait rire la jeune irlandaise édentée. Edentée et camée. Donne sa jeunesse à la came , nuit après nuit. Cheveux roux sur-vêtement, survêtement dépareillé comme ses dents. Surement pas fréquenté Trinity college et ses étudiantes en jupes épaisses, drapé des statues en mouvement surveillé. Une bibiliothèque qui s'allonge d'un mètre par an, ça laisse peu de minutes excédentaires pour la bagatelle. Croise son regard qui joue de la harpe dans la Long Room, caisse de résonnance anti-persécution depuis le 15è siècle. Dans le genre barde érudite croise mon regard dans le genre conspirateur, c'est notre secret ce meli melo de noeuds de regards. Descendre O’Connell street puis longer les quais puis des briques à perte de perspective. Quartier géorgien, maison géorgienne, tenancier géorgien, M. Stauton aussi lui fait du pied, de l'oeil delamain. Et quoi d'autre encore ! Sur que je ferais pareil à sa place. Rayon jaune sur coquilles de jonquilles précoces. Sure que.

* James McKenna à l' IMMA Dublin en ce moment.

03.02.2008

Fortifications

6292199baa0ba798a35d3efa487d0fba.jpgElle a mille feux à éteindre, ce sont des souvenirs. Elle a mille souvenirs à éteindre.

Derrière les fortifications résonne le pas de celle qui vit où le regard ne porte pas. Elle ne connait qu'un horizon aveugle, une répétition de meurtrières entre les larges tours crénelées aux fondations incertaines, aux ciels de métal entoilés, aux douves cachées par les pieds des saules. A chaque mur, un autre mur, à chaque moellon, un souvenir équarri au coeur vampirisé. Vampire dit-on dans les ateliers de la ville. La porte est une serrure sans mécanisme mûe par l'action de la parole. Inutile de la crocheter, visiblement il suffirait d'un mot. Pauvre mot posé aux lèvres hésitantes de l'étrangère assise sur la vieille statue arrachée à l'estomac du château. Alentour c'est un remue-ménage permanent dans la plaine et sur les sentiers creusés d'ornières, les pillards cherchent depuis longtemps une richesse qui n'existe pas. La salle principale est immense et baignée du miroitement d'une fontaine intérieure, une eau sans parfum, une fontaine sans source et sans courant. Un palais sans mouvement sauf si. Sauf si elle trébuche. Si elle trébuche, c'est qu'elle se précipite à la rencontre de l'étrangère avec une joie d'enfant. Si ses habits sont lâches et couturés, c'est qu'elle est maladroite sans le soutien d'une idée. Si ses cheveux ne tiennent pas en place, c'est qu'ils ont la finesse des aigrettes végétales et refusent la pesanteur. Si elle attend sa venue, c'est pour ressentir encore une fois la marée de son sang, c'est peu dire qu' elle ne possède même pas sa propre horloge.

L’étrangère a marché longtemps depuis les quais de la ville blanche, maintenant défait son manteau, sa ceinture armée et posé son sac, ses fontes au seuil d’un couloir timidement éclairé. Il règne une atmosphère unique un peu artificielle, celle de l'achoppement du temps, une balle-à-canon lancée plein feu dans un corridor de velours, mémoire en camisole, de bons renforts aux entournures. Pour la première fois, la chemise à ses pieds, elle se sent prête à se donner, qu'elle soit donc sa toute première et sa dernière femme, qu’elle soit une révélation pointue comme un récif, une marque palpitante. Maudite dit-on aux comptoirs calfatés des baraques de pêche. Elles partagent un verre de vin, le soulagement d'une familiarité compatible à l’instant. Le cercle invisible s'élargit lentement et une auréole de chaleur glisse le long de leurs épaules pour échouer à leurs mains, buée et picotements en profondeur du coeur au plafond. L'espace devient infini, un courant qui soulève les sens pour les porter dans les airs, les élève et les maintient en suspension comme une plume. L'attendre. Si elle ne lève pas les yeux vers cette esquille flottante fracturée du désir, c'est qu'elle veut l'engloutir avant la redescente, bataille en vol de chaque infime parcelle de son être, de tout le dévouement de sa peau, de toute l'urgence de cet appel, pour qu'elle ne touche plus jamais terre. Plus que jamais, comme la première et la dernière fois, elle fait voeu de sa chair: lui donner une avance de plaisir pour toutes les traversées futures. L'étrangère ferme les yeux et de son sourire entier s'échappe les herbes du pré devant sa maison, éternuantes, étamines rouge safran, blé et avoine, couleurs fraiches, cendres chaudes, filets d'eau du toit au baquet, alcool du pressoir, herbes mélangées à l'eau fumante, couleur écarlate transformée sur l'eau-forte, et puis la mélodie de la voix de ses amis apprise et chantée sans partition ( affolante simplicité), et aussi ses enfants, leurs rires d'enfants, leurs jeux d'enfants, et...

Les cartes reproduisent très fidèlement la route de la ville au château, et de la grand place sur le terre-plein au coeur de la cité sans omettre un seul boutiquier, le contremaître des quais connait parfaitement l'ordre d'arrivée des bateaux et dessine en secret chaque pavillon, la plus petite maladie des chevaux du prince est consignée dans le livre des écuries, les portes sont gardées chaque heure chaque nuit. Mais ce soir elle s'accrochera peut être à la muraille, collera sa bouche à la barrière rugueuse, peut être sans un murmure, probablement sans une plainte. Une pensée des plus insolites montera de la pierre, cette mauvaise graine, ce parchemin nu et érodé qui réclame d'être encré: elle se dira qu'elle aussi a peut être une histoire. Aussitôt disparue.

16.01.2008

fleur-caillou

4ed9614696462b435d86202e12cc9f9c.jpgDepuis longtemps, je suis captivée par les lithops, ces plantes au camouflage minéral qui ne laissent percer leur fausse écorce de pierre que pour une floraison. La plume qui fend le bouclier. Aujourd'hui, plusieurs soleils de ma vie mettent leur lumière à l'épreuve de l'astre occultant et sont rudoyés par ce combat. Je devine l'interstice entre l'amour et l'absence. Comme j'ai de la peine pour eux, et que je ne sais pas nommer l'endroit , il faut l'imaginer.

Et tu vois, c'est un grand silence autour d'une fleur-caillou. 

10.01.2008

Le détraqueur de distances

0ae40a5350e5b42643bb9cf1e762c2f4.jpg (curieuse machine bien utile)

La distance est une variable comme une autre: c'est un facteur dont il est possible d'ambiguiser la valeur. Le floutage de distance ( ce savant dérèglement du temps ou de l'espace ) est vraisemblablement une pratique qui aide le sentiment amoureux à s’oxygéner et, saisi au plus vif de sa course ou en pleine décélération, à reprendre haleine. A l’ère affadissante du GPS, le détraqueur de distances dépositionne (l’instrument est plutôt sec, sonore et dental, mais passons là-dessus). Imaginez plutôt que vous puissiez utiliser les techniques de l'origami, alternance de découpage et de pliage, pour manipuler les intervalles amoureux Là. Et par ici. Instruction de base: poser la distance à plat avant que le support ne soit trop abîmé pour autoriser le moindre assemblage. [Mais comment plier une montagne? demande la princesse perdue de l’autre côté du piton. La princesse n'imagine pas tout ce qu'on peut faire avec un substantif féminin. A l'envers. A l'endroit. Hop, coupé en deux. Anagrammé. Puis caché au fond d’un sac].

En détraquant mes trajets solitaires, je gagnerai au moins quelques minutes à partager avec elle, leurs échardes logées dans les rayures de son chemisier feront une guirlande dont l’intimité me fait rêver. En pliant les longues distances temporelles, je cherche à leur donner des formes plus turbulentes (cet animal échappé d'un sourire) car l'endurance amoureuse s’accommode bien d’un certain tohu-bohu. Les années peuvent s'assembler les unes dans les autres, entièrement patronnées sur l'empreinte du bonheur. Heure lascive, heure surprise, heure rehaussée d'un trait d'encre, heure nocturne imbibée à l'excès de sa propre prouesse. Toutes ces ingénieuses cochent les pages de moments inoubliables, puisqu’elles figurent parmi leurs plus petits dénominateurs communs! Le pliage de départ peut aussi être répété plusieurs fois pour créer des reliefs qui n'existent pas comme une station de métro surgie entre deux rendez-vous. Académie des Arts : nous changerons sur ce nouveau quai pour passer un Rialto indétectable aux affres du quotidien.

A cet écart qui survient (inévitablement), actionner le mécanisme en découpant n'importe quelle nouvelle figure. Elle fera l'affaire, même mal taillée, je suggère d’en faire le papier cadeau de multiples retrouvailles.

15.12.2007

Sémiologie encapuche

bb29ffbc01ad66891130c99dac9024ed.jpg

Comme tous les autres signes, le vêtement donne à lire entre les lignes de son usage fonctionnel. Ici mettons immédiatement de côté l'unité matérielle du signe, car, dans cette représentation, le vêtement n'est pas quelque chose qui sert ( cette fourrure pourrait ne pas protéger du froid, elle n'attraperait pas de rhume pour autant) pour se concentrer sur sa charge symbolique, devrais-je dire profonde et dérivée. Ce syntagme est scrupuleusement composé d'une fourrure aérienne, réhaussée par l'impossibilité de visualiser le vêtement dans sa globalité, le poil en mouvement masque un visage angulaire et éthéré. Le froid est triplement suggéré par un mouvement venteux latéral, par le plissement des yeux et la couleur des pommettes. Considérons que la fourrure n'est qu'un alibi, car par un déplacement métonymique, elle devient sa qualité intrasèque, la Douceur. Elle parle au toucher et il est presque possible de percevoir la caresse de ce pelage détaché d'un animal de féerie voleter dans un courant artificiellement hivernal. Artifice de féerie féeroce. Féeroce comment?

A plumes et à poil. Engoulevent se hissant à ma hauteur d'un seul battement d'aile. Encagoulevent. Laisse-moi t'encagoulever. Bête à poil toute habillée.

Donc, dans un deuxième temps, elle indique aussi qu'elle n'est pas réellement civilisée. Elle connote l'animalité, tout de même. Donne une identité sauvage à la douceur. Poils gris-blanc sous le ventre des petits mammifères. Lustrés, rustres et musqués à la fois: la destruction d'un songe par la dent, mousseline zébrée par la fourchette dans les auges de cristal, marque de griffes dans votre crème de beauté. Par extension, une forme de réconciliation des sens juste à la gueule du plaisir.

Bien sur cette analyse est récusable, certaines images de noel encapuchent toute mon objectivité ( source jodiefoster.nu, merci à Henrik). Passez de bonnes fêtes!

01.12.2007

Compromise

 «Non compromise par l'absence de désir , Maudite par l'absence de désir »

J'imagine pernicieusement une vie exempte de désir. Ou plutôt une canalisation secrète et compliquée qui délivrerait le royaume de ses débordements, l'enchevêtrement discret de réseaux d'évacuation dans son soubassement, remède ergonomique à toutes les déclivités. Tout autour, le fuselage d'un modèle d'intégrité bien dessiné, carrossé pour s'offrir à d'autres combats nécessairement plus justes, enfin reconnus et partagés. En haut, une volière aux battements, à l'intérieur l' espace suffisant d'une connivence riche et paisible.

La clé, bling

la clé posée en équilibre sur le rebord du compte-tours tutoyant son coeur. Malheureusement, à tout moment, levant les yeux de cette réduction, si je croise l'ingénuité d'un geste involontairement lesté par l'appétit de son regard, une sorte d'obscur balancier se remet en marche, une obsession en son pendule. Pour qu'elle prenne encore la liberté de se soumettre à mon corps, j'accepte à nouveau l'imprévisible.

La citation est de TJ Tejpal dans l'impétueux « Loin de Chandigarh ». Et le désir est une chose merveilleusement amorale mais, pris au piège de la monogamie, il ne peut survivre sans amour. Sans les lubrifications de l'amour, on ne peut désirer continuellement la même personne (..) L'amour réapprovisionne en huile la machinerie du désir.

15.11.2007

Sinéad, days without number

9bdf57890b6da9df3277b3a67e3d40a0.jpgTa voix est un animal fétiche dont la mythologie reste à inventer. Ce soir dans ce costume trop grand pour toi, ta voix s'accorde à ce tissu mal taillé: elle te dépasse, elle emplit l'univers. S'échappant par enchantement de la jeune femme déguisée en cygne, elle arrime chaque note à la Foi qui la fait naître, la guide et la porte si haut. Ecaillée dans la lézarde du souvenir de vos combats, elle accompagne l'archer plaintif de ta violoniste, avant de devenir d'une puissance cristalline comme si toutes les eaux des comtés d'Ulster se rassemblaient, torrentielles. Même la batterie n'est plus qu'une rumeur à son tumulte, et le théatre succombe à la force de ta joie. Bien avant ce soir, saisie par d'autres envoutements, le lion et le cobra dormaient déjà sous mon écharpe dans une ruelle pavée de Strasbourg et apprenaient à une gamine introvertie que le cri pouvait aussi être un chant.

06.11.2007

Aurore vue par Rosetta

 ebaba40912dade5f24d77fe9381b1a70.jpg

En se tournant à moitié Rosetta l’a embrassée toute entière.

Malgré un entraînement de fond aux fièvres étrangères, elle n'était pas préparée à découvrir une telle beauté sur l'abscisse de sa trajectoire. Jusqu'à présent Rosetta n'a connu que des satisfactions fugaces, comme l’appariement d’Ariane, sa tutrice terrestre avant que son ignition complète ne la délivre de cette étreinte pour lui permettre de vivre. Dans l’abandon, les corps sont faits pour être surmontés. Frappant à la porte de Jupiter, la tête à l'envers, elle contemple cet anneau perlé par la réverbération des particules piégées dans le champ magnétique auroral, buées irréelles dont le cercle vivant va lentement s'élargir jusqu'à l'engloutir intégralement de sa lumière. Errante dans les entraves de la gravité, devait-elle enfin connaître ce brûlot de l'âme qui stoppe tous les mécanismes et confine à l'abrutissement de la pensée ? Il aurait suffit d'une fois. Il aurait suffit d'Aurore. Il aurait suffit d'un seul regard bleu.

Non signora, me dit-il adossé à l'affiche de l'Envahisseur sans nom, version italienne de 1954, impossible.

Son coeur est aussi gélé que celui de Churyumov-Gerasimenko mais je voudrais vous'amener à considérer qu’elle a pourtant des qualités, ajoute-t-il, souriant. J'ai rencontré Rosetta dans un sous-sol parisien, grand cube aveugle de briques rouges, en compagnie d'un milanais au regard franc. Alice est sa compagne fidèle, spectrometer a image ultraviolet, alors que Cosima est seulement secounde et analyse la masse Ionique. Midas est leur enfant le plus fragile et Giada la plus pointilleuse, Virtis mappe toutes les surfaces mais Consert préfère aller au fond des choses… J'aime bien sa manière de faire les présentations, ingénieux, intrigué, imperturbable.

Dans sa solitude, Rosetta est très bien entourée, elle puise autour d’elle le soutien nécessaire à sa phénoménale endurance car elle sait qu'aucune course dans cet espace-là ne peut aboutir sans le ping-pong des intelligences. C'est une hybride puriste qui tire (sans gloire) son nom de la pierre de Rosette découverte il y a longtemps dans le Delta du Nil. Et Mademoiselle est transcendée par sa mission, transcendée au point de matérialiser le meilleur de l'expérience d’un collectif de robots et d’humains en devenant "Ca", puis "Elle", puis Rosetta. Reconstruite par ce nom à l'autel d'une sensibilité étrangère à ses rouages, elle mettra douze ans depuis Kourou et plus 790 millions de kilomètres après s’être brûlée à son premier soleil, refroidie en hibernation avec tous ses occupants, déchirée au contact des astéroides, rongée aux incandescences des cryogénies, gauchie aux torsions des mises en orbite pour rejoindre son île promise ( dites Churyumov-Gerasimenko, car les mots prennent une autre réalité QUAND ON LES PRONONCE) et en décembre 2015 fêtera peut-être Noël en escortant ce noyau glacé comme la plus intrépide des amantes. Rosetta est comet hunter et a entrepris de m'expliquer pourquoi je ne sais pas grand chose de cette forme rationnelle de ténacité.

(photo: Aurore , aperçue une seconde, sur Jupiter)

16.10.2007

Rock around the Bessin

e2e85fdfcce38bb8b2735e24072feff8.jpg
Un fragment de la beauté du monde tombé du cadre ce we
pour toi.
Bonne reprise aux opusiennes et aux petites déesses qui abritent leur quotidien.

24.09.2007

Chocs sur-mesure

Les mannequins ne sont pas dépourvus de vie. Parfois ils échappent même à la fonction utilitaire imaginée par leur créateur pour une course inattendue vers la faillibilité humaine.

Assurance dispose d’un corps féminin en mousse de polyéthylène dont la structure en fils d’acier lui permet d’être totalement flexible. Même les doigts sur toute leur vénérable longueur. Aujourd’hui sa ligne avantageuse est recouverte de plusieurs épaisseurs de taffetas fabriqués dans l’acidité de la peur. Un sautoir en billes de polymère tord sa main droite à l’arrière de son dos vers son pied bien attaché sur un socle. Elle prendra une autre pose demain, après-demain drapé 54% acrylique marqué mi corazon, le surlendemain membres tourmentés dans la soie. Assurance pourrait être une libertine, en tout cas elle n’a pas de sentiments. Le métabolisme de Vérité bénéficie de la complexité du corps humain pour irriguer l’esprit des étudiants en médecine. Ses organes à découvert peuvent être ôtés des cavités mais restent maintenus à l’aide de câbles en alliage d’étain. La place à l’entrejambe est vide, c’est une béance nécessaire à la bonne conduction des idées. Vérité a l’immobilité de la mort, mais après tout peu importe! car Vérité se fout des émotions, et du désir en particulier. Force est un mannequin homologué « monde » pour les impacts frontaux. La répartition des 200 capteurs sur son corps lui permet de reproduire les circonstances du choc. Une traçabilité de premier ordre : la relecture impudique et systématique de la scène pour trouver l’instant où les choses ont commencé à supra-osciller. Le désordre est ré ordonné, puis stocké dans une mémoire latérale de poche détachable, très pratique pour poser des informations en attente. Evaluation millimétrique des mouvements permettant de remonter à un état de départ qui était pourtant parfaitement stable et tranquille. Procédé en tenailles mais au moins, dans cette mâchoire, peut-on tout expliquer. Même rétamé, Force est beaucoup moins lâche que moi, il se colte tous les jours la réalité du mur du fond sans prétexter qu’il hésite à y aller parce qu'il préfère l’écrire. Je l’aime bien, on pourrait partager une bière après le travail et se dire des banalités comme celle-ci: la vie est un très long crash test.