Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

20/01/2007

Vuelva la luz

2209c58f8ab1c500edd95cf3fdff19fd.jpg« Certains espèrent décrocher la lune, d'autres accrochent le soleil...un miroir géant perché à 1100 mètres d'altitude inonde la place du village de Viganella de la lumière solaire qui lui fait défaut chaque hiver, 83 jours par an » Libération 11 Janvier 2007

Je fais partie de celles qui ont quitté le village: je ne voulais pas ressembler aux « anciens » qui vivent reclus à l'ombre des horloges. J'ai rejoint mes enfants dans la vallée, les montagnes ne figuraient plus qu'à l'arrière plan de mon décor, comme une ligne de flottaison tracée par ma mémoire. Malgré tous leurs efforts, je me sens exilée. Ma mère a élevé ses enfants là-bas, dans la maison de ma grand-mère, aux fondations construites au moyen-age par les premières familles qui ont vécues des mines de fer de l'Ogaggia. Sans lumière. Dans la gueule de la montagne, avec pour seule ligne de fuite le torrent. Hiver après hiver, tous nos enfants ont fui l'encaissement de cette vie d'un âge révolu. Entrainant une part de notre histoire dans cette échappée. Nos petits-enfants, ces merveilles, ne savent pas reconnaître les teintes annonciatrices d'un orage!

Comme beaucoup,  j'ai suivi les lacets du torrent dans la voiture de mon fils pour revenir ici, regarder Pierfranco, notre maire, organiser sa prouesse, la capture du soleil. Un miroir articulé, plusieurs couches d'acier, quelques dizaines de mètres carrés de surface réfléchissante posés par hélicoptère sur le piton où les vaches ignoraient l'existence du monde. Comment certains hommes gagnent-ils cette conviction supplémentaire qui leur permet de gravir leur rêve?  Ou bien quelque chose nous fait-il défaut à nous autres?

Grâce au miroir, c'est la première fois que le soleil d'hiver touche la place du village. Nous sommes tous rassemblés, incrédules. Quelle étrangeté, cette lumière sans chaleur! Comme si se rouler dans la neige prenait la consistance d'une embrassade dans un champ de fleurs de coton. Mais ce n'est pas cet exploit qui retient mon souffle maintenant , immobile,  au milieu des amis et des curieux. La lumière effleure le clocher, puis la fontaine de la place de l'église. Personne n'avait imaginé que le rayon allait atterrir sur les fenêtres d'une maison privée. Et abandonnée. Celle de l'institutrice. Sa maison ou notre maison? Non, ce n'était pas notre maison ou alors seulement en rêve, dans l'enceinte de nos doigts croisés sur la couverture lorsque nous nous allongions au milieu des herbes derrière le lavoir. Ses bras tendus dans le sens de la pente, elle souriait à l'envers. Ses cheveux déroulés comme des rigoles au dégel.  L'ombre de la montagne n'a pas abrité longtemps ces moments. Mais j'ai toujours cru qu'elle m'indiquerait la route, qu'elle dessinerait le drapé sombre mais juste des années à venir.

Seulement voilà, aujourd'hui, un homme a remplacé l'ombre par une lumière froide qui  pointe la direction de ce qu'aurait pu être ma vie. C'est un peu comme si elle traçait une droite sur la page blanche d'un souvenir avec un point de chute dans mon coeur. J'ai beau être une montagnarde, un jour il y trente ans, j'ai eu peur d'une avalanche.

Commentaires

(les commentaires sur ce post ne sont plus disponibles, nda)

Écrit par : Sacha | 06/06/2007

Les commentaires sont fermés.