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28/01/2007

Un coquillage dans le jeu

fd4484be12a7e4ac3ea8f293de4fce33.jpgJ'aime bien la manière dont vous jouez. Un coude posé sur le tapis et en suivant l’articulation de l’avant- bras, une cigarette. L’autre main fait glisser un jeton avec une lenteur contrariée par un appel pressant. Vos mains appartiennent à un vertige    

segmenté par des unités numéraires, dont l'énergie centrale est une bille. Elle tiendrait dans votre paume si celle-ci n'était pas maintenant renversée sur la table. Retournée. Comme un coquillage. Pâle mais involontairement nacré par les lumières de la salle de jeu, pigmenté par le ressac du temps, adouci par des caresses en institut . L’espace contrôlé du tapis est devenu le vôtre mais j’ai l’endurance nécessaire pour profiter du spectacle. Des fois même, je participe. Ne me regardez pas étonnée, je joue toujours le 9 après le 3. C'est comme ça, c'est une question de principe. C’est comme répondre au sphinx quand il pose une question pour éviter que le monde ne s'écroule. Vous auriez peut être ri de bon cœur si la bille n'avait pas hypnotisé cet élan. Ce lieu sape minutieusement le plaisir alors qu'il se vante du contraire. Ce n'est plus un de ces palaces flottants qui font rêver par leur faste (ou mieux leur exotisme), c'est juste une maison bourgeoise qui l'a perdu et qui se tient désormais aux antipodes du royaume imaginaire. Dans cet autre royaume, les coquillages racontent encore des histoires de marin, répétées à l'infini par le vent et collectées éternellement par les adultes en mémoire de leur enfance. J'aime bien la manière dont vous jouez, mais derrière le casino, il y a toujours le bruit de la mer qui joue une note plus haut.

20/01/2007

Vuelva la luz

2209c58f8ab1c500edd95cf3fdff19fd.jpg« Certains espèrent décrocher la lune, d'autres accrochent le soleil...un miroir géant perché à 1100 mètres d'altitude inonde la place du village de Viganella de la lumière solaire qui lui fait défaut chaque hiver, 83 jours par an » Libération 11 Janvier 2007

Je fais partie de celles qui ont quitté le village: je ne voulais pas ressembler aux « anciens » qui vivent reclus à l'ombre des horloges. J'ai rejoint mes enfants dans la vallée, les montagnes ne figuraient plus qu'à l'arrière plan de mon décor, comme une ligne de flottaison tracée par ma mémoire. Malgré tous leurs efforts, je me sens exilée. Ma mère a élevé ses enfants là-bas, dans la maison de ma grand-mère, aux fondations construites au moyen-age par les premières familles qui ont vécues des mines de fer de l'Ogaggia. Sans lumière. Dans la gueule de la montagne, avec pour seule ligne de fuite le torrent. Hiver après hiver, tous nos enfants ont fui l'encaissement de cette vie d'un âge révolu. Entrainant une part de notre histoire dans cette échappée. Nos petits-enfants, ces merveilles, ne savent pas reconnaître les teintes annonciatrices d'un orage!

Comme beaucoup,  j'ai suivi les lacets du torrent dans la voiture de mon fils pour revenir ici, regarder Pierfranco, notre maire, organiser sa prouesse, la capture du soleil. Un miroir articulé, plusieurs couches d'acier, quelques dizaines de mètres carrés de surface réfléchissante posés par hélicoptère sur le piton où les vaches ignoraient l'existence du monde. Comment certains hommes gagnent-ils cette conviction supplémentaire qui leur permet de gravir leur rêve?  Ou bien quelque chose nous fait-il défaut à nous autres?

Grâce au miroir, c'est la première fois que le soleil d'hiver touche la place du village. Nous sommes tous rassemblés, incrédules. Quelle étrangeté, cette lumière sans chaleur! Comme si se rouler dans la neige prenait la consistance d'une embrassade dans un champ de fleurs de coton. Mais ce n'est pas cet exploit qui retient mon souffle maintenant , immobile,  au milieu des amis et des curieux. La lumière effleure le clocher, puis la fontaine de la place de l'église. Personne n'avait imaginé que le rayon allait atterrir sur les fenêtres d'une maison privée. Et abandonnée. Celle de l'institutrice. Sa maison ou notre maison? Non, ce n'était pas notre maison ou alors seulement en rêve, dans l'enceinte de nos doigts croisés sur la couverture lorsque nous nous allongions au milieu des herbes derrière le lavoir. Ses bras tendus dans le sens de la pente, elle souriait à l'envers. Ses cheveux déroulés comme des rigoles au dégel.  L'ombre de la montagne n'a pas abrité longtemps ces moments. Mais j'ai toujours cru qu'elle m'indiquerait la route, qu'elle dessinerait le drapé sombre mais juste des années à venir.

Seulement voilà, aujourd'hui, un homme a remplacé l'ombre par une lumière froide qui  pointe la direction de ce qu'aurait pu être ma vie. C'est un peu comme si elle traçait une droite sur la page blanche d'un souvenir avec un point de chute dans mon coeur. J'ai beau être une montagnarde, un jour il y trente ans, j'ai eu peur d'une avalanche.

19/01/2007

Notre charte ?

49d7846f304e4f512e0a4060d30fa676.jpgLa charte, tracée par Alice au feutre noir sur un mur de son bureau, raturée au fil des épisodes et des tendres voyages, déchirée, embrassée, parfois déteinte par les larmes, vient d'être décrochée et rangée dans les cartons du grenier d'Ilène. Adieu à l'encre sur les doigts. Adieu aux corps plaqués contre les feuillets plaqués contre le mur plaqué dans l'arrière-cour de notre imaginaire. Pourquoi ? Parce que, comme beaucoup, la charte a désormais un avatar. On s'y tromperait: l'avatar de la charte ressemble trait pour trait à la charte, mais sa dématérialisation décuple sa puissance. Reliftée, renovée, repulpée, colorisée pour vous (nous) plaire, pour vous (nous) rassembler. Car les super-pouvoirs du virtuel lui permettent de s'extraire de sa fonction narrative pour être une entité du réel . Et la subtilité est ici: l'avatar de la charte existe à la fois dans la fiction et dans le pan virtuel de la réalité. Qui est lui-même tout à fait concret.

L'avatar de la charte s'est auto-proclamé Notre charte.

L'avatar de la charte a aussi des ambitions, prioritairement celle d'être la première vision structuraliste du monde lesbien à échelle planètaire. Ce qui n'est pas rien. Si Ilène duplique cette structure, c'est qu'elle a l'idée ( plus ou moins souterraine) d'identifier un réseau. Je veux croire à la sincérité de ses motivations, comme celle de donner l'impulsion de quelque chose. Ce super schéma, basé initialement sur l'ingénieuse théorie des six degrés de séparation ( grossièrement: nous sommes tous reliés par six personnes/ en identifiant cette chaine, il est possible de rencontrer n'importe qui) , a évolué depuis qu'il a été lancé par Guinevere avec cet éclat de rire qui la caractérise. La charte reliait des femmes sur le critère du sexe par pur ressort narratif (je suis heureuse d'apprendre que Shane a couché avec plus de mille femmes et je cède au plaisir de l'idée mais cette information aurait plutôt tendance, en pratique, à me faire fuir ), l'avatar de la charte semble vouloir les relier sur un critère d'affinités. Alors quoi ? Liens amicaux... cérébraux, sentimentaux, amoureux ? La charte dessinait ces liens temporellement, l'avatar de la charte voudrait aussi les tisser géographiquement sans s'imposer de barrière linguistique. L'avatar de la charte serait-il donc plus généreux que son double de fiction? En tout cas, son amplitude réclame votre participation sur la base du donnant-donnant.

Accepter d'avoir un fil à la patte. Pour se sentir la partie d'un tout. Le dessin d'une galaxie au-dessus de nos vies. TLW S4 E1

14/01/2007

Andrea planetaire

90d73bc172c681b2a488e309024683f2.jpgCent mètres carrés d'une blancheur connotée et un canapé découpé au cutter au centre de la pièce. A  Paris, l'espace donne lieu à des exhibitions. Je suis assise dans le salon (sic) de travail à l'écart. La résonnance des pas fait partie du show. Une fleur entre et s'excuse d'appartenir à cet espace réservé et de m'y avoir invitée. Pourtant Andrea, c'est toi qui m'intimide. Des paroles comme un volcan et le tamis de ton intelligence pour rester accessible à ceux qui rémunèrent ton temps à la minute comptée.Il ne faut pas être trop over-promising  : au-dessus de ta tête ce slogan barbare qui fait dans la complaisance post-pubeuse. Mais celui-ci ce n’est pas toi qui l’a inventé ! Tes mots sont des unités plus sauvages que tu vends à la parcelle. Tu transformes chaque objet en une symbolique purifiée parfaitement adaptée au village-monde. Tu transformes la possession en un partage doucereux, l’acte d’achat en un chant indien autour d'un feu de bois, en un capteur d'énergie, en un totem nord-sud, tu déploies l'ossature parfaite des envies planétaires!

Notre point commun n’est pas de savoir raconter des histoires mais de savoir que chacun désire, un jour ou l’autre, qu’on lui en raconte une. Avec un supplément d'espoir je me plais à imaginer ta reconversion hors de la pub. Trop de blanc ici. Ton regard glisse sur mes bottes, mon pantalon noir, mon chemisier noir. Aucune marque de tes fréquentations pour accrocher et interrompre cette glissade discrète. Je dois avoir l'air d'une femme sortie desMen in black. Avec les souvenirs en plus. D'ailleurs c'est pour ça que tu es décidée à me payer: pour être invisible,  dans l'ombre de tes mots et te faire signe à l'instant même où leur association fonctionne. Contrairement à toi, communiquer n’est pas facile pour moi mais je suis probablement cette interprète dont tu as besoin. Ce calque permanent, ça me fait vivre, aux entournures ça m'empêche de vivre.

Clic-clac en fondu digital. Le Mac à ta droite communique à son tour, IA en devenir, en émettant un signifiant sonore qui t'es destiné. Tu hoches la tête (vers lui) en (me) souriant. Jolie chaîne de communication non verbale, vision à peine futuriste.  Andrea, ton obsession de la communication est devenue une invention vivante et tu sais combien ça m’impressionne, mais je suis équipée pour résister aux toxines de ta capacité naturelle de persuasion. Mes défenses immunitaires tournent maintenant à plein régime pour m’injecter en temps réel un contrepoison mental.

Car, dans le fond, je sais que tu es prête à engendrer des disciples. Et refuse d’en faire partie.

07/01/2007

En sommeil archipel

En regardant le plafond détoilé, cette nuit d'hiver me sourit. J'avais oublié que je dormais déjà. Son sourire ressemble à un pli au milieu de nulle part. Comme tu n'es pas là, je sais que c'est une feinte. Une galaxie de stuc posée en équilibre sur une feutrine recyclée à la roue des nuits. 250 kilos minima de matériel imaginaire pour meubler le décor d'une place vide dans les draps. Reste un job de titan avant minuit. Le montage de l'avant-scène de mon sommeil est un travail éclectique: je construis des épaves sans serrures qui finiront démurées par les cahots du désir.

Cette nuit, c'est une chance, sur l’oreiller où tu posais ta joue j'ai trouvé l'entrée de ta ville. Ne dis pas non, je l'ai reconnu à travers le soupirail de ma fatigue. Tu me la décris depuis si longtemps, à force de patience j'aurais fini par la trouver. En passant le bras, je pourrais presque me saisir du drapeau de la grande roue qui domine la fête foraine. Un bandeau d'émail soufflé par tes conquêtes sur la douleur qui recompose le profil d'une vie en parcelles de bitume. Inexprimable ailleurs. Ici, c’est différent,  par la grille du sommeil et vu de haut, il n' y a pas de frontières, pas de panneau indicateur, la lumière trace des routes joyeuses,  et barricade tes itinéraires ratés, refuse les raccourcis. Tu n'es pas faite pour les arrangements, même spatiaux, même en rêve, même absente.

Cette nuit je cède à ce décor impossible pour une bonne raison : je suis là pour le rêver à ta place. Laisse-moi m'arrêter ici, entre deux draps, entre cette banderole que tu as oublié en partant et la voie ferrée,  je veux poser sur l'enceinte de ton inconscient mon espoir comme un ornement.