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12/03/2007

Berlin, coeur Interzone*

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Au café Sarah Wiener, une jeune femme androgyne, au profil équivoque des marbres grecs, pose sa tasse au milieu des fumées. Sa veste d’homme est une minuscule contrariété à la légèreté de son geste. Ses chaussures cirées, un rappel aux écrans noirs assemblées un peu partout sur les murs de l’entrepôt. Elle lève les yeux et, après une volte, prend en filature le rayon de lumière convergeant de la bibliothèque jusqu’à mon regard qui patiente au centre de la pièce.

Depuis deux jours, ces mouvements circulaires et retors sont fréquents: car nous faisons partie de l'Interzone*.

Berlin est un oeil détaché du corps de l’artiste qui contemple le visiteur; en étant accueillie comme passager, je touche (parfois dans une douce simultanéité avec elle)  le coeur des images de la ville sans jamais voir l'ensemble.

La nécessité de recherche d’expression qu’impose Berlin est une suroxygénation de l’esprit. Par réflexe, je renchéris sur les mots mais c'est une approximation qui convient mal à cette forme ventilée de sensations. Il faudrait conjuguer davantage de champs d'expression pour profiter de cette propulsion, en sachant déborder de l'écrit pur. Faut-il  savoir juxtaposer les images, les matériaux et les mots pour atteindre cette relaxe spirituelle? Je te pose la question puisque tu es photographe et que la ville n'a pas oublié de te tendre, comme à nous, cette provocation.    

En attendant j'ai replié le mouvement de Berlin comme on ferme un éventail. Mais tu m'as prévenue: en l’ouvrant à nouveau, sous mes doigts, tous les motifs auront sûrement changé!

A Cléo

*quatre large écrans envisagés sur un mode circulaire donnent au spectateur une vue kaléidoscopique étourdissante / Œuvre d’Anne Quirynen 2007, exposée en ce moment à Hamburger Bahnhof/ Photo de Patricia-M !

01/03/2007

Les Villes Parasites

baaed0c17a47e20e66ef51a5e1f5f8d4.jpgIl y a des villes qui ne vous réussissent pas.

Dans mon univers (qui, je le reconnais, est un peu biscornu), elles s'appellent les VillesParasites.Au fil des voyages, j'ai noté leurs tactiques dans mes carnets, maintenant je sais les reconnaître. Non seulement la VilleParasite résiste aux sollicitations de son passager comme un cheval qui refuserait qu’on le dirige, mais elle agit aussi aux dépens du voyage. Certaines sont rétives à votre bien être ou à votre tranquillité, d'autres ont la topographie sournoise, la rencontre inappropriée, l'incident facile. Des viscosités, parfois imperceptibles, qui génèrent un climat troublé, pesant. Une forme de syncope de l’allégresse bourlingueuse. A un moment, il y a toujours un arbitrage.

Faut-il quitter cette ville? Ou faut-il la prendre à bras le corps, mais sans direction, comme égarée dans un mauvais tango. Fuir ou se saisir de l'animal? Si vous voyagez à deux, la ville parasite aura tendance à jouer des oppositions de vos tempéraments respectifs jusqu'au déchirement ( Kalamata, étrange cité qui a égaré toutes ses plaques de rues un jour de tremblement de terre, a absorbé, l’enthousiasme de ma femme comme un buvard empoisonné. Il a fallu rouler des heures en pleine nuit pour se débarrasser de cette membrane ). Si vous êtes seule, elle peut balayer votre optimisme à peine ses limites géographiques franchies; j'ai chuté sur Rotterdam comme une débutante alors même qu’une amie était là pour guider mon approche rudimentaire du plaisir de l’architecture des buildings, pas assez apparemment pour interférer.

Les VillesParasites sévissent ainsi de manière endémique mais en très étroite connexion avec votre état d’esprit sous son aspect le plus temporalisé. Pour faire simple, elles sont branchées et interfèrent sur vos humeurs.  Pour désamorcer, j’y vais à l’aveuglette : trouver cet endroit tenu par une femme où l'on peut s'arrêter un moment, lire un journal, boire un café, manger, se faire masser et, pourquoi pas (à l’image de ce nouveau lieu ibérique) prendre un bain flottant dans des bassins salés par une combinaison d'iode et d'algues. Si la tension s’estompe, c'est que l'épiderme de la ville frissonne sous cette sollicitation inattendue. Après? Toujours continuer la caresse.

Chiche.