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28/05/2007

Agathe, adjugée!

252abf25f686659780d236844fcf4737.jpg« Pour la première fois en France, Christie's s'apprête à mettre en vente une collection d'animaux préhistoriques. Des paléontologues s'alarment de voir le marché s'intéresser à leur domaine. » Le Monde 21 Mars 2007

Les défenses qui surmontent le squelette de l'animal à quatre mètre de hauteur pourraient faire peur . Mais la spéculation sur l'histoire naturelle est un spectre bien plus réel que le fantôme de cette espèce disparue il y a plus de dix mille ans.  En parcourant secrètement les coursives de la réserve avec ta main sous ma chemise, cherchais-tu en plus à me convaincre que la loi du marché pouvait s'appliquer partout? Le mammouth  ressurgi par mégarde du pergélysol ( mise a prix 55 000 euros) a peu de chance de parler de son histoire singulière dans le salon de tes collectionneurs ukrainiens. Tu souris lorsque j'évoque les fossiles de compagnie, pourtant ton activité si lucrative relègue mes convictions à la domesticité de la cuisine des milliardaires. Et à l'arrière-plan de tes considérations égocentrées. Ces bribes si fragilement arrachées au passé peuvent-elles avoir une valeur marchande? C'est un débat trop présomptueux pour des amantes, mais quand, subrepticement, le matin a commencé à fossiliser la nuit, le parfum de ta peau s'est dissipé devant les énigmes du bestiaire cher à notre humanité. Notre aventure est coincée entre les pages glacées du catalogue. Hier avant de te rejoindre, je suis restée longtemps devant cette agathe de feu ( mise à prix 8000 Euros), page 58, pièce 207, adjudication à 11h40, derrière l'ichtyosaure. Pièce mineure dans cette collection spectaculaire, juste un mineral rare au coeur chatoyant. Comme toi, elle contient les promesses d'une lumière qui semble inaltérable. Si hypnotique qu'aucun commissaire-priseur ne la cédera sans un regret. Pourtant, à 11h41, ce regret n'aura duré qu'un instant et tu m'en as expliqué la raison.

16/05/2007

De la licorne à mon fils

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Ce regard est une intrusion aimante : tu es allongé sur les coussins qui font le seuil de ta maison de pain d'épices. Un éléphant de mer attend les coups de ton épée lustrée au miel, sa babine est un tapis vers l'infini. Tu te redresses , tu vis en accéléré comparé à moi, et pars à califourchon sur son dos en bondissant seulement sur les cases blanches. Derrière toi, la fontaine des mondes ( cette source qui s’assèche parfois avec l’âge) dévide tranquillement ses possibilités. Ton animal de mer sucré sourit à ma licorne . Il avait déjà oublié qu’ils habitaient ensemble dans notre maison, au milieu des cases invisibles du damier. Nous décidons d’ailleurs qu'ils galoperons sur les noires et qu’elles se nommeront désormais LES BLEUES, puis complices de ce décret qui nous semble tout à fait culotté, nous rions sous cape.

Bien sur, je sais qu’ici tu ne seras jamais à l’étroit, jamais seul non plus. Le monde réel n'est pas un endroit parfaitement habitable. Mais l'écart de tempérance est souvent une secousse. Je voudrais t'apprendre à ne pas faire mon erreur: l'imaginaire n'est pas non plus un lieu où l'on peut être heureux toujours. Après y avoir pris ses habitudes, il est difficile de savoir comment se donner aux autres.

10/05/2007

Eloge des ratures

A force,

je donne de plus en plus de valeur au battement [au vivant] [ et de moins en moins à l’abstraction] [aux conventions] en cherchant avec précaution tous ses contenants [mais jamais sa substance] comme réponse [comme alternative] à ces questions [au temps qui passe] qui refusent de se laisser taire. Dans ces endroits [ces cachettes derrière l’arène] où nos journées parfois se rencontrent, j’attends le moment où tes pensées [humeurs] se défroissent [se rembobinent, puis clic] pour interroger les miennes [m’expliquer les leurs] et me donner du matériau pour écrire. Des signes barrés, j’en ai plein les poches de mon jean [mon carnet vert, perdu avalés par les mondes impossibles][ semé le long des frontières intimes][ superposé à tes lettres, vendu en low cost ] et tu as la liberté de refuser de décoder ces va-et-vient [de me répondre encore], parfois trop émotifs [si contradictoires].

Mais, chaque matin, lorsque je m'arrête à l'angle de ton bureau et regarde les feuillets de la veille, je sais qu'à travers nos ratures, il y a un boarding pass grâce auquel je suis embarquée à bord du véhicule mystérieux et instable qui parcourt inlassablement la route de ta pensée à tes mots