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06/04/2007

Tatouée i o nei*

964be10c02b2d13a548eead1d0c4fbdc.jpgCertaines nuits durent toujours.

Cinq ans après, la frise que tu as posée sur mon bras me parle encore de toi. Elle raconte ce moment où tu as inventé une histoire en l'écrivant sur ma peau.

Cinq ans après, j’ai presque oublié la sensation écailleuse du tapa blanchi au soleil sur lequel tu m’avais allongée et de sa rugosité sous ma joue. Mais je me souviens instantanément de l’adhérence de ta première morsure sur mon bras : corrosive et acidulée. Je m’en souviens car cette parure n'est pas un artifice pour moi : il s’agit d'une expression propre à ta vie et il se trouve qu’elle prend la forme d’un dessin.

En partant de mon épaule, tu as d'abord tracé une ligne simple et ombragée autour de mon bras. Ensuite ta progression a accompagné les déclivités surprises de la peau. Le corps est un matériau comme les autres: il se révèle à travers ses exigences. Et puis reproduire simplement un motif imaginé à plat est improbable à ton art, tu as une approche sacrée de l'épaisseur!

Pour la raconter, ce n'est pas si simple, tu dois faire des emprunts. Aux éléments, aux animaux, aux récifs, aux points cardinaux, mais surtout à ton histoire. Une lithographie ancestrale, renouvelée pour être encrée en négatif. Je ne connais pas l'héritage des atolls, je n'ai pas en mémoire l'interdiction de tatouer qui en fait aujourd'hui une nécessité partagée et parfois une victoire. Mais dans mon souvenir, je t'observe en action, et en fermant les yeux, les motifs se mélangent en révérence tels que tu les vois.

Il y a des coraux dans tes arborescences, des oiseaux cachés dans la verticalité des lianes, des visages stylisés à l'extrême, des comètes noyées dans le lagon et un requin en proie à une métamorphose. Il y a aussi la géométrie d'une femme dans le damier encré autour de ta cheville.

Et c'est un tabou. 

*ici

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Écrit par : Sacha | 06/06/2007

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