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16/06/2007

Irrévérencieuse

1a5808ae61ebaaad452867f9fa6a341f.jpg" CASSE DU SIECLE chez les diamantaires d'Anvers: un aimable retraité a délesté la banque des diamantaires de 24 kilos de diamants, sans effraction et après un long travail d'approche. Un coup de maitre à 120 000 carats dont l'auteur s'est volatilisé depuis trois semaines" Libération 27 mars 2007

 Je vous le donne en mille: L. n'existe pas.

Appelez-moi Lena, Livia.... Appelez-moi comme vous vous voudrez. La bande passante du temps a effacé mon identité pour laisser place à une dame très présentable à l'accent britannique. A votre oreille compatissante, je viens des antipodes pour finir mes jours à Anvers, de ces carrières sud-africaines aux ciels brisés et renversés dans la boue. Mes valises sont pleines d’étincelles, mais pas celles que les banquiers imaginent. Je viens de nulle part: cet endroit louche où naissent les idées avant de devenir des marchandises précieuses cotées en marge des institutions. Alors retenez une seule chose de moi,

l'irrévérence.

Pendant dix-huit mois, j'arriverai chaque jour dans votre banque à onze heures du matin, et la rétine numérique de surveillance se souviendra d'une silhouette au fusain, impassibilité d'un tailleur gris assorti au portique de sécurité, lunettes masquant un sourire à demi. Aucun style, aucun caractère, mon profil sera morne et cette platitude un acide qui corrompt la méfiance. Je ferai le même parcours tous les jours à seize heures, car les équipes des banques permutent aussi sûrement que les astres. La rue Pelikaan gardera  en mémoire la synchronie de mes pas et répètera cette danse quotidienne comme un partenaire de ballet invisible, soixante-huit secondes de l'échoppe où l'on vend du sexe à la gargote de Jonas, changer de trottoir deux fois dont une fois en face de la gare centrale. Applaudissements. Prenez le temps de me regarder disparaître, absorbée par vos habitudes si réceptives, si pénétrables, glacis de mes journées depuis dix mois. J'ai la capacité de m'affadir avec une violence toute soporifique. Ca y est, je suis presque assimilée, je suis la contre-porte blasonnée, la cloison garantissant l’étanchéité des tâches, inspirez, le battant cuirassé des valeurs fiduciaires et la respiration étouffée des coffres. Bientôt, je serai le sourire de votre collègue de l’avant-poste, celle qui aime les pralines et lit les annonces de rencontres de la gazette d'Anvers, puis, enfin, la main du caissier tenant la masterkey. La manipulation demande un cœur d'horloger, le reste est une affaire de fascination digne du mauvais théâtre.

Un matin, le plus oublieux d'entre vous cèdera la prise que je cherche pour me hisser en haut de la montagne forte et je me réveillerai avec ce désir haletant de vivre. J'échangerai les diamants contre une identité frontalière à mon rêve. Celle d'une femme à qui tu donneras un nouveau nom, la seule véritable issue de ma fausse existence.

07/06/2007

Artemis armée

7e44e941961c6f979c4e19f235a4c85f.jpg
Premier trailer de The Brave One
Si la portée de l'intrigue semble limitée
Le plaisir d'un MANGA qui force le trait de son héroïne

http://www.firstshowing.net/2007/05/31/brave-one-trailer/

(source Jodiefoster.nu, merci à Henrik)

01/06/2007

Standards

e0f518bd36872fc5456a5270af6fbd48.jpgCette fois, je te quitte,
a murmuré le Robot.

Un message émis en basse fréquence ressemble plus ou moins à un murmure, mais [elle] avait vraiment accentué les effets de basses pour dramatiser vocalement la scène...cette coquetterie anthropomorphique qui a toujours fait fuir mon chat. C'est le troisième exo de compagnie qui me quitte cette année, mais cette nouvelle crise domestique est une révélation car, je distingue enfin un relief commun à leur attitude. La globalisation des émotions touche aussi les androides!

[Elle] a pointé son flagelle de synthèse vers le vitro-planning. “Tu es incapable d'avoir une vie normale. Et je ne parle pas de ta vie sentimentale. Quelle sorte de logique programme tes journées ? Quel dérèglement dois-je adopter pour te précéder, quelle frivolité pour te suivre?Je ne demande pas de l'organique, ajouta-t-[elle] pointilleuse, je veux juste du réel, je ne demande pas grand-chose. Humanoïse-moi.”

S.L.O.W.D.O.W.N ( Chaine lexicale d'urgence conseillée par les exo_mediateurs )

Et si je m'étais trompée sur les relations avec eux ? et si l'intelligence n'était pas de trouver le point de jonction entre nos conditions mais de contrarier les tendances de masse ? Extraire une particularité, n'importe laquelle. Une proximité de coeur pour happer [tes] pensées au vol, ce filin unique tendu entre deux esprits, la seule virtualité vraiment concrète, agissante.

Imagine le bruit de l'Orient-Express, un sifflet puis descendre sur un quai de gare, marcher dans la salle des pas perdus? Voir Naples et mourir. Te souviens-tu de cette nuit, de cette douce nuit d'automne? Raconte-moi les nombres premiers, ma berceuse favorite.

Au lieu de ça, je regarde cette scène entre [nous] comme si je ne la vivais pas. Je suis à l'intérieur de ce programme de MASS Realité-On-Demand ( audience 60% des exos de plus de 12 cycles ), où on peut voir des robots échanger leur place avec des bios et vivre leur réalité. Ah cette séquence où un androide réussit pour la première fois un concours de la fonction publique et la fierté du jury! Inénarable illusion. A l'intérieur du cadre, les probabilités semblent infinies, le standard est si large qu'on en distingue même plus les bords.

Le soleil se lève sur le bassin du 17è étage, 3è niveau, j'entends les chuchotements des exos au réveil et [tu] vas, une dernière fois, me trouver bizarre.Non je ne peux pas t'humanoïser, j'attendais que ta réalité enraye la mienne. Je voulais qu'elle la détraque CRAC car je voulais qu'elle la grandisse, qu'elle l'exhorte à se regarder par tes yeux , cette chance unique, ce produit épuisé sur les étals du monde, ma [chère compagne], pas qu'elle la remplace.