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24/09/2007

Chocs sur-mesure

Les mannequins ne sont pas dépourvus de vie. Parfois ils échappent même à la fonction utilitaire imaginée par leur créateur pour une course inattendue vers la faillibilité humaine.

Assurance dispose d’un corps féminin en mousse de polyéthylène dont la structure en fils d’acier lui permet d’être totalement flexible. Même les doigts sur toute leur vénérable longueur. Aujourd’hui sa ligne avantageuse est recouverte de plusieurs épaisseurs de taffetas fabriqués dans l’acidité de la peur. Un sautoir en billes de polymère tord sa main droite à l’arrière de son dos vers son pied bien attaché sur un socle. Elle prendra une autre pose demain, après-demain drapé 54% acrylique marqué mi corazon, le surlendemain membres tourmentés dans la soie. Assurance pourrait être une libertine, en tout cas elle n’a pas de sentiments. Le métabolisme de Vérité bénéficie de la complexité du corps humain pour irriguer l’esprit des étudiants en médecine. Ses organes à découvert peuvent être ôtés des cavités mais restent maintenus à l’aide de câbles en alliage d’étain. La place à l’entrejambe est vide, c’est une béance nécessaire à la bonne conduction des idées. Vérité a l’immobilité de la mort, mais après tout peu importe! car Vérité se fout des émotions, et du désir en particulier. Force est un mannequin homologué « monde » pour les impacts frontaux. La répartition des 200 capteurs sur son corps lui permet de reproduire les circonstances du choc. Une traçabilité de premier ordre : la relecture impudique et systématique de la scène pour trouver l’instant où les choses ont commencé à supra-osciller. Le désordre est ré ordonné, puis stocké dans une mémoire latérale de poche détachable, très pratique pour poser des informations en attente. Evaluation millimétrique des mouvements permettant de remonter à un état de départ qui était pourtant parfaitement stable et tranquille. Procédé en tenailles mais au moins, dans cette mâchoire, peut-on tout expliquer. Même rétamé, Force est beaucoup moins lâche que moi, il se collete tous les jours la réalité du mur du fond sans prétexter qu’il hésite à y aller parce qu'il préfère l’écrire. Je l’aime bien, on pourrait partager une bière après le travail et se dire des banalités comme celle-ci: la vie est un très long crash test.

20/09/2007

Cinema de plein air

Nous étions amateurs d'un imaginaire projeté sur la toile du ciel, les émotions germaient entre les pins et les étoiles, au petit bonheur. Les émotions naissaient sur la paume verticale de l'écran, recyclant la chaleur du tapis d'aiguilles et de cailloux chauffés toute la journée durant. Les enfants, ces feux follets, s'éparpillaient de joies et de peines et il était facile d'en ramasser les miettes . Les enfants avaient cet âge que je refusais avec acharnement de partager. Que la jeunesse semblait inutile assise contre une épaule adulte, clé-de-voute d'un raisonnement bientôt déchu!

Nous étions pourtant tous les enfants de Hania à cet instant dans le kaléidoscope du vieux projectionniste. Le jardin public avait une entrée réservée au grand cinéma et l'herbe râpée devant le kiosque était la place de la reine. Le kiosque vendait les billets au milieu des journaux, des cigarettes, des coupons de loterie et des sachets d'amandes salées. Echappée à la vigilance de ses soeurs, une erinye disposait des figues confites sur un tabouret concave, une chèvre attachée à la grille de l'entrée. Et le film prenait soudain sa place dans la partition désordonnée du jardin sans que le silence ne fasse partie du contrat passé avec le ciel. Le côté pittoresque de la situation nous échappait mais pas les premières images de l'héroïne ralenties par la prise gélatineuse du générique. Nous étions tellement surpris de l'envol crachoté du son de sa voix grave que j'en oubliais de tenir au sol. Elle aurait pu s'asseoir au bord de la toile et balancer ses chevilles sous l'amandier pour nous amener la rejoindre, elle aurait pu tendre les bras et jongler avec nos coquilles de noix pour laisser cette histoire de si peu d'épaisseur faire un abri à nos vies.

Poser un toit sur ces émotions n'a jamais rien changé à leurs éclaboussures.

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Sortie mercredi prochain à Paris avec une mauvaise traduction, à Taiwan aussi ( source JodieFoster.nu) et ailleurs sous les étoiles.

04/09/2007

Relations cryptées

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La dernière fois, j'ai mis trois ans à la retrouver.

Mes réserves d'ingéniosité se renforcent au vibrato continu de l'attente; le déploiement saccadé, par bribes, d'un raisonnement abandonné aux énigmes qu'elle s'emploie à me soumettre. Me soumettre. Si je tais mes questions, c'est pour entendre le tambour intime et minimaliste des combinaisons de son désir si mathématique. Pour retrouver sa trace , je dois casser un code et toutes les stratégies pour le briser sont bonnes à prendre. Mais le chemin à emprunter est vaste comme un horizon et ne se trouve pas dans les pages « actualité » de nos usages quotidiens.

Tout a commencé il y a dix ans par l'emploi d'un brouilleur, épave des ressorts tactiques de la guerre exhumée sur un marché aux puces, cet étrange rotor qui a pour effet de troubler la surface des signifiants comme on brouille un reflet dans l'eau. A sa manipulation, une drôle d'envie a surgi entre nous ( cette délicate orfèvrerie avait-elle vraiment pu être anesthésiée par le ronron de notre vie amoureuse ?) et s'est instantanément incarnée dans la mécanique fantôme. Un soir, le cliquetis des connexions du brouilleur a incisé le silence de la chambre. CLIC. Brouillage. CLIC. A une lettre elle a associé une autre, à une paire une autre paire: ainsi A et C devenaient D et F (la tête me tourne, avec 3 brouilleurs, ça donne 26*26*26, soit 17 576 échanges de lettres possibles avant de revenir au prologue), puis elle a codé tout un passage amoureux murmuré simultanément à ma peau et, à ce moment, nous avons visiblement passé un cran dans notre relation. DRCG FCXD ERTHN JUOYT RNURS NGXWS MRSDQ DNTXI IXXGI « Cette série de permutations, il faudrait la retenir comme invariable à cette part agitée de mes songes pour toi. Peux-tu y arriver ? », sa main vibrait au-dessus de ma hanche comme un sismographe et je n’ai pas correctement appréhendé son tempo ni le ton de cette mise en garde. Trop tard! Un mois après, la pluie faisait des cercles en transparence sur le relief d’une série de chiffres abandonnés sur la table du jardin et il a bien fallu s’en servir pour savoir où elle était partie. Corfou, Haddington road, Via Carrare, Antinea Island porte des océans ? Partie de l’autre côté du code en me laissant la clé. J'ai appris le premier principe de cryptographie: tout réside dans la clé secrète de chiffrement (donc de déchiffrement) et c'est l'unique secret qu'elle m'accorde par nos temps qui courent . Cet alphabet mis en vrac domestique mon élan de fauve et elle sait régler mon pas très simplement sur la difficulté qui lui convient.

J’inspecte le cryptogramme comme il se présente dans ma boite Hotmail au hasard d’un matin. Par défaut je teste toutes les combinaisons connues à grand renfort de déductions avant de demander de l'aide sur les forums où la logique est un vice. Dans l’intervalle (incalculable) ma vie n’est pas posée sur un cintre ! mon lit a le parfum chaud de l’herbe moissonnée aux tendresses des autres, mes journées sont des montages aux coffrages imposés. Le soir, la ville, protubérante, m’offre des distractions un peu vulgaires qu’on repère par des enseignes. Et dans les trouées de partout, à la lueur d’une clarté intermittente, euphorique,

je te cherche.