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02/03/2008

Dublin her

HommesIMMA.JPG En général les muses tombent de nulle part.

Joyce a rencontré la sienne en déambulant sur Nassau street, ligne de circulation incurvée prenant sous son bras l'austère Trinity college. C'était en 1904. Aujourd'hui il aurait pu la croiser dans les jardins du Musée d'art moderne devant le labyrinthe végétal, avec vue sur l'assemblage de grues en marche pour transformer la ville tout comme les hommes monumentaux de McKenna* sont inscrits dans un mouvement réfléchi à leur place. A sa place toute intacte, j'aurais pu dire:

Assise sur un banc, elle fume un joint en regardant les cheminées fumer fumées. Chemise rose sous fourrure noire, la manche dépasse, carton d'invitation pour qui? Jamais vu autant d'hommes enkiltdeclan, débarquement, célébration, retour à la maison. Vite fait bien fait, coït sportif, tant mieux ça ne laisse pas de traces ces bons pratiquants ( sifflote en passant la Liffey). Seamus, lui, parle de son pays comme d'un frère meurtri au combat. Les impacts de balles des anglais sur les colonnes de la poste centrale, Árd Oifig an Phoist , résistance de flammes fières dans ses yeux, coeur sur la main et la main sur le compteur devant St Stephen Green. Passer et repasser la Liffey avec les mouettes qui montent la garde, collège bruyant criant krikrikri, bouffeuses de tripes de poissons à l'embouchure. Reflets argentés déplumés de couleur, sauf les portes. Sauf les portes, les trèfles et ses yeux. Et Madame? Prendra un pur malt the wild geese, vol d'oiseaux descendants d'irlandais au plafonnier. C'est de la tourbe qui brûle. Tous les soirs c'est Paddy Power dans la ville. Temple Paddy Bar. Bookmakers de leur solitude et bonne descente. Faut se frayer un chemin jusqu'au pub pour la voir faire des tracés sur la mousse, elle dessine mon nom dans la Guinness cinq lettres en une, amoureuse fortiche, rester au coude a coude au comptoir pour goûter l'écume du bout de ses doigts, resteresteresteresteresteresterester. Ou bien prendre le tram: le Luas transperce les faubourgs au couteau, Dublin grandit le bras en écharpe mais tout finit par cicatriser. De l'intérieur aussi. Et dans le wagon elle prend la gueule du chien de la fille assise à côté d’elle au creux de sa main. Paume reposoir pour tête de chien, ça fait rire la jeune irlandaise édentée. Edentée et camée. Donne sa jeunesse à la came , nuit après nuit. Cheveux roux sur-vêtement, survêtement dépareillé comme ses dents. Surement pas fréquenté Trinity college et ses étudiantes en jupes épaisses, drapé des statues en mouvement surveillé. Une bibiliothèque qui s'allonge d'un mètre par an, ça laisse peu de minutes excédentaires pour la bagatelle. Croise son regard qui joue de la harpe dans la Long Room, caisse de résonnance anti-persécution depuis le 15è siècle. Dans le genre barde érudite croise mon regard dans le genre conspirateur, c'est notre secret ce meli melo de noeuds de regards. Descendre O’Connell street puis longer les quais puis des briques à perte de perspective. Quartier géorgien, maison géorgienne, tenancier géorgien, M. Stauton aussi lui fait du pied, de l'oeil delamain. Et quoi d'autre encore ! Sur que je ferais pareil à sa place. Rayon jaune sur coquilles de jonquilles précoces. Sure que.

* James McKenna à l' IMMA Dublin en ce moment.

Commentaires

"Une bibiliothèque qui s'allonge d'un mètre par an," : Ce n'était pas en "kilomètres annuels" ??!!
Ou alors...il manque "bibilothèque" à mon vocabulaire .... ;o)

Cet extrait de notre carnet de voyage se lit aussi lentement que la lente et belle arrivée d'une pinte de Guiness.
Quand elle sera servie devant tes yeux, bien avant que tes mains se posent sur elle, je tracerai encore dans la mousse la carte non du "tendre", mais bien celle de nos pas conjoints dans la dimension improvisée de nos découvertes. J'aime quand les lignes se touchent et se rejoignent sans jamais se croiser. Les sécantes et les parallèles ne sont pas de notre monde.
Veillons
Buvons
Aimons

Écrit par : Patricia-M | 08/03/2008

En inventant la Guinness, les irlandais ont perfectionné l'attente.
Elle, imprudente,
voudrait perfectionner l'amour.

Écrit par : Sacha | 17/03/2008

Plus je relis, plus je le lis de mieux en mieux. Quel texte !

(Tu fais quoi ce soir, cocotte;)

Écrit par : BT | 19/03/2008

Ce soir, elle déguste quelques trèfles ...

Écrit par : Patricia-M | 19/03/2008

Ben et toi alors? Interdite de pub ? Bisous doux à quatre feuilles ;)

Écrit par : BT | 19/03/2008

A vous lire, comme l'idée d'un porte-beaucoup-de-bonheur

( mais BT, repasser tes chemises, des nèfles ! ;)

Écrit par : Sacha | 21/03/2008

Elles disent toutes non au début puis finissent par prendre le pli ;)

Écrit par : BT | 21/03/2008

Les commentaires sont fermés.