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27/05/2008

Zone Franche

1321987927.jpgPardonnez-moi, je ne sais pas de quelle manière vous rejoindre. Ma mémoire est lacunaire et refuse la sinuosité d'un parcours imposé. Horror vacui. Contrairement à la nature, elle se complait dans le vide laissé par les vrilles résonnantes d'un passé que nous partagerons pas. Une bougie, trente bougies, aucune bougie. Trop de vent dans le sang. Dans ce souvenir inexistant mais tenace, vous avez vingt ans et vous habitez seul dans un apparthotel, carton mal ordonné de sentiments mal coloriés posé devant la porte de votre chambre, en ménage avec l'urgence des sentiments choppés à la volée des filles, entre deux paliers de l'immeuble en forme bidon de fer-blanc. Bâtisse qui ressemble vaguement à un nuage étagé dont la consistance épaissie serait le résultat du mauvais dosage des ingrédients du décor: elle dessine l'angle cabossé d'une de mes pensées vers vous. Dans ce souvenir décanté à la lumière du sud ouest, vous avez plutôt quarante ans et vivez au rez-de-chaussée du nuage mastoc, en couple avec enfants et une femme éthérée qui soignait les autres sans parvenir à vous guérir, un ménage de raison inchavirable mais conventionnel qui [pourrait, peut, aurait pu] servir d'écran à toutes les ombres de votre vie. Dans les méandres de ce souvenir si flexible, vous avez finalement les cheveux blancs ramenés en arrière par une barrette de nacre au miroitement ardent et énigmatique des éclats atomiques de toutes les péripéties vécues au-delà du bar-tabac de l'avenue, celles de vos errements, de vos retours, plus simplement de vos voyages. Quel que soit le format du souvenir monté en neige, je reviens toujours à l'idée d’un VOYAGE sans destination pour penser à vous. Mais à mon âge et à ce point de mon parcours, j'ai cessé d'imaginer que vous m'avez aussi mis du vent ras les veines.

Dans cette antichambre surchargée de vide, aucun souvenir factice ne mérite qu'on s'y attarde vraiment. Pourtant cet endroit où je vous croise encore et encore finit par me déconcerter, me pousse inconsciemment à poursuivre le lapin (aurait dit la petite fille). Vous habitez dans la zone franche: ce petit espace du maillage intérieur entortillé de questions ( seul indice de son existence) qui s’efface tous les jours à la mise à jour générale du réseau, et réapparaît aussi souvent. L'ingénierie intime a ses trouvailles: elle module sa géographie sur un mode coercitif en faisant disparaître la zone félonne. Pourquoi félonne? Parce qu'elle pourrait nous mettre dedans ! tels des naufragés de notre propre histoire, inutiles à notre réalité, insuffisants à remplir le passé, héréditaires seulement à force d'obstination. Quelques regrets traîneraient un peu partout. Calypso expliquant à Ulysse pourquoi il aurait mieux fallu prendre une autre route pour ne pas échouer sur son île, Ulysse se défaisant de sa quête comme d’une lourde cape et préférant rester sur les terres de l'audacieuse. Autant dire : Pierrot et Colombine décidant de s’échapper main dans la main de leur décor de cire du musée Grévin.

Mais avez-vous jamais existé pour vous laisser ainsi forclore? Vous ne serez pas sauvé, a dit la petite fille, j'aurais aimé que nous le soyons, compassion à jamais informulée par l'adulte. Pas de carte de la zone franche. Sans carte, plus aucune fille de pirate pour vous chercher.

Commentaires

Le souvenir d'un regret persistant :
" Que n'ai je vu par moi même la couleur de cette voile !"
Tristan, naufragé de Cornouailles et forclos


Les pistes sont toujours brouillées par une mémoire qui s'enivre au gré des saisons et des voyages .

L'itinéraire au 1/1 reste un chemin sûr [même si une fille de pirate est bienvenue] distillé avec subtilité.

Écrit par : diagonale | 29/05/2008

Elle se rebiffa, prit le souvenir par le bras,
et l'emmena voir ailleurs.
Tristan aura au moins la mainmise sur ce sesame: un vrai souvenir à envoyer ballader!

D'accord pour l'itinéraire au 1/1: avoir les semelles sur la carte.

(nvelle suggestion pour S.Calle?)

Écrit par : Sacha | 29/05/2008

http://www.cythere-critique.com/expoculinaire02.html

Cythere [Après], Calle [Sophie ], Chromatiques [Repas] Colonne [Italienne], Contraintes [Austerienne ].

Écrit par : Diagonale | 02/06/2008

Extrait « C'est un jeu (et il en relève de la vie même) ; mêler la fiction à la réalité. Un jeu et un échange, puisque certains rituels propres au personnage de M. Braun sont empruntés à son double réel (mais l'est-il réellement ?) »

Personnage de fiction : Sacha
Rituel : cuisine par morphème
Application : tous les plats contenant le morphème « blanc » ou « noir » dans sa dénomination principale ( et non les ingrédients)
Exemple : blanc d’encornets

Personnage de fiction : Diagonale
Rituel : cuisine géométrique
Application : tous les plats dont le premier et le dernier mot (de la dénomination principale ) contiennent le même nombre de lettres et sont séparés par le même nombre de mots.
Exemple : curry d’haricots verts

Écrit par : Sacha | 03/06/2008

Je rajoute une contrainte (par plaisir):

"séparés par le même nombre de mots", nombre égal à celui de leurs lettres.

Exemple :


Royale d'oursin au jus de crevettes grises

Pinces de homard bleu en salpicon et énokis

Meringué de framboises à l’azote et moelleux au chocolat



Je te laisse choisir le vin !

Écrit par : Floodfood diagonale | 03/06/2008

Je me souviens avoir lu un jour :
" Il ne faut pas laisser les intellectuels jouer avec des allumettes".

Grâce à vous, j'accède.

Écrit par : Patricia-M | 03/06/2008

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