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24/04/2009

On a le temps

DSCF2973bis.jpgDans la châtaigneraie, nous avons le temps, presque tout le temps qu'il est possible de perdre sans avoir de doublure. C'est profondément terrien, relaxant, sans interprétation. En somme parfaitement thérapeutique. Le temps de voir une saison se mélanger à une autre comme une succession de pochoirs sur la peau changeante de la montagne. Un peu plus tôt, le temps de boire son café au chant du coq en réglant le regard sur le lointain (instrument à la peine ou mauvais réglages ? je souris de cet effort entier mais inutile) . Le temps de suivre le ruisseau détourné qui, dirait-on, flotte au dessus de son lit et n'est plus que le fantôme de lui-même, avaleur de contreforts et d'histoires de bergers. Le temps d'emprunter les anciens chemins de contrebande, savamment recyclés pour les marcheurs, dont le dénivelé est fait pour étourdir, la sinuosité pour perdre. Lorsque la lumière, subtile, décline imperceptiblement entre les arbres, il semble que la nature se mette à  parler avec elle-même et que ce dialogue fait de bruits nous pousse gentiment dehors. On a le temps de rentrer!  Et là une phrase de Borges refait surface : «sur le cadran solaire d'un jardin anglais est écrit: it's later than you think..il est plus tard que vous ne pensez...et l'on sent comme une légère menace non? »  car si vous avez tout le temps, vous êtes en retard sur l’instant, vous l'avez déjà laissé filer. Même ici, ingérence des mots dans mon lâcher prise.

Commentaires

SARA HASTIA

Écrit par : Patricia-M | 28/04/2009

à la lecture, sentez vos pulsations cardiaques ralentir et vous serez dedans
dans le temps, c'est à dire avant

moi qui suis toujours en retard d'un temps,
je le prends.

Écrit par : anne g | 29/04/2009

Patricia, on ne trouvera pas meilleure occasion de le dire
( phonétiquement hein )

anne g,
alors ça doit être ça le point d'accroche: une sensation physiologique.
merci de prendre le temps de traîner ici :)

Écrit par : Sacha | 02/05/2009

Je m'arrête, plus qu'un instant, sur cette phrase que j'aurai aimé écrire:
"Le temps de voir une saison se mélanger à une autre comme une succession de pochoirs sur la peau changeante de la montagne." Je vis depuis deux semaines dans ce changement de peau saisonnier. Merci toi. J'ai une photo qui pourrait représenter ce moment délicieux. Bisous doux

Écrit par : Blog_trotter | 07/05/2009

Ah mais je voudrais voir comment tu as capturé cette mue sans avoir besoin de la pelote du langage.
Elle et moi t'embrassons bien tendrement dans ce si triste moment.

Écrit par : Sacha | 08/05/2009

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