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19/05/2009

Les muses inquiétantes

Muses3.jpegDialogue.

Qu'est-ce qui t'inquiète ainsi ?

Je ne me sens plus inquiétante, j'ai perdu le fil et je ne sais plus pourquoi je l'inspire, ni pourquoi à l'origine elle m'a élue.

Tout ça m'a l'air bien excentrique de ta part, tu es impénétrable.

N'ai-je pas, comme tous, un clair dessein sous l'énigme et le secret ?

Tu es propre à son invention et tu agis avec le soutien de sa mémoire. Voyons, ton dessein est onirique, pour le reste, tu es nue. Débarrassée des calibres, ignorante de la logique, turbulente, méconnaissable aux autres hommes, tu es l'éternelle prisonnière de furtives impressions qui éclairent son paysage dans un figement blanc comme le flash de la foudre.

J'ai peur. Y-a-t-il des antécédents dans notre famille?

De grâce, tu ne peux avoir peur, ce n'est pas si commode. La peur est fertile à notre genre...

Tu comprends mal soeurette , j'ai peur de ma propre caducité.

Alors observe les signes de ta vigueur et de ta persistance dans les moments les plus anodins : l'arrivée du train sous les gouttelettes tombant des potences noircies de Saint lazare qui n'entrera pas en gare, non non, il entrera directement sur la grand place d'une ville aux toits cendrés saisie à l'aube d'une nuit amoureuse et la fille au chapeau qui bondira du marchepied la traversera comme une épave rejetée par  le roulis, sourire à la dérive se délitant dans ton regard. Tout ça c'est toi, tu l'as soufflé à la barbe du néant, figé dans le gras des mots ou de la peinture, tu as pallié au sacrifice du vivant par l'imaginaire, tu as retenu la marée désirante, tu...

... tu dis vrai, et tant d'autres truchements que nous pourrions sans fin énumérer encore.

Quelle déprime! ta confusion vient donc du coeur.

Assurément.

Je te conjure d'utiliser cette affection à son bon usage, sois créative.

Je crains que non, ma vieille, il n'y a plus aucun souffle mystérieux surgissant de moi comme d'un instrument, je ne suis plus que la représentation ( free! new! included! ) de tout cet amour qu 'elle n'a pas su donner.

 

Giorgio de Chirico a peint la série des "Muses inquiétantes". Musée d'art Moderne / Paris (en ce moment).

Commentaires

Desseins et dessins souvent si proches
que leurs paroles
t'imbombaient
ainsi

Écrit par : Patricia-M | 21/06/2009

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