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13/06/2011

Tentative d’épuisement d’une minute de sa trentaine*

Jour : 11.06.2011

Heure : 06h28 à 06h29

Lieu : « une chambre à soi » 

Temps : il ne pleut pas

Dehors, sirène lointaine d’un bateau invisible. La délimitation sonore d’un quartier, d’une maison dans la ville, d’une chambre en haut de la maison. Fenêtre ouverte sur le ciel, traversée par un faisceau de lumière qui reste planté à la verticale comme une épée blanche entre l’escalier et le lit. C’est une protection immatérielle dont le halo blême épaissi par la nuit trainante glisse lentement le long de la lame jusqu'au parquet. Elle est endormie; je vois bien l’enveloppement de peinture nocturne de son bras en plongée, il ressemble à une branche de bouleau mais la main racinaire n’agrippe rien. Elle pend, touche le vide et prolonge l’accalmie du moment. Caresse sans fond qui pourrait inventer une nouvelle peau pour la recevoir. Pourtant elle ne le fait pas, elle ne confond pas le vide et l’absence, elle connait la différence et repose subtilement dans la légèreté d’un espace inoccupé. Elle est tranquille. L’autre main ce n’est pas du tout la même histoire. Ongles peints nacrés, elle agrippe les draps, et dévore la nuit. Nous nous voyons si peu alors que je m'expose si souvent pour me frayer un chemin parmi les envies des autres, leurs frayeurs et aussi leurs échanges de pouvoir. Alors que fais-tu ce soir ? Rejoins-moi. Ton corps sera autour de moi comme une nouvelle carapace. Se reposer prend trop de temps, se reposer aura le dernier mot, il nous faut faire un raid nocturne, débarquer les valises prêtes au départ et armées jusqu’aux dents, armées du désir de se rejoindre.

Couleurs : blancs rayons, parquet sombre pétrole, draps bleus et gris, abat-jour perlé, table de chevet daim,  ciel gris astrakan, cheveux bruns, ongles nacrés, étoiles points métalliques.

Trajectoires : le bras gauche va en bas, le bras droit part en angle, le rayon de lune descend à pic, la rumeur de la ville monte, naissante.

 Et puis plus rien. Si, la minute suivante.

 *Voir Perec, of course.