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12/09/2011

Ariane à Naxos

Kentro.jpgLui qui m’a abandonnée ici ne savait pas ce que j’allais y trouver. Peut-être imaginait-il cette île suffisamment fertile pour que je ne manque de rien et insuffisamment guerrière pour que je puisse m’y armer afin de le poursuivre. La vérité c’est qu’il ne saura rien, mais vraiment rien, de ce que j’ai pu y trouver.

Y voir.

Le ruban d’or liquide sur la mer à chaque soleil couchant. Il trace la voie flottante et souveraine que la barque du pêcheur s’empresse de couper de sa coque alourdie par les prises. Indifférente aux jeux de la lumière. A d’autres préoccupations.

Léna et Iliána mélanger leurs mains et leurs peaux d’adolescentes allongées unies dans le coude du chemin qui mène à la carrière de marbre, topos où l’herbe pousse très fine, très longue et reste savamment aplatie par le vent.

Un citronnier, que dis-je, des paniers de citrons ! d’une laideur grumeleuse, avares en jus mais dont les feuilles aromatiques combinées à la peau du raisin distillent cul sec une chaleur moite particulièrement impropre au climat.

La végétation serrée abritant ma promenade le long du falaj (jadis j’ai voyagé en Orient) : les grands lauriers roses emmêlés de lianes qui trainent au sol, le fenouil torche éclairante dont j’aime sucer des brindilles, les aconits impurs agrippés à la pierraille, les figuiers et la menthe montée en graine, sauvageonne. Marcher sur ces fonds sablonneux où la passion s’épuise.

En plus des oursins violacés, le garçon qui rapporte à sa mère un poisson dont le profil lui fait penser à un petit homme contrefait. Il a plusieurs rangées de cils noirs plantés en quinconce. Ils l’observent et ce mystère attise la tendresse qu’ils se portent. Ils ne mangeront pas le poisson.

Dans son atelier sous les étoiles, Enée utilise l’émeri pour le polissage de sa koré ; le désir revient seulement lorsqu’il s’attaque aux pieds. Le pauvre.

Et moi buvant le jus clair et poisseux du cédrat chaque soir sur le port en compagnie d’un homme versatile à la barbe hirsute, grouillante de vie comme le pelage de certains animaux est rempli d’ insectes, qui m’enchante, et qui m’amuse et qui m’enivre et qui me fait oublier cet amour que je n’oublie pas.