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17/12/2011

Chemins dans la ville

Chemins.jpgDescendant à la station Palais-Royal ce matin aux alentours de huit heures, je me rappelais instantanément tous les matins où, descendant à la station Palais-Royal aux alentours de huit heures, trois chemins s’offraient à moi, secrètement bornés comme le carrefour d’une grande route forestière.

1 A droite, remonter à l’abri de la façade qui cloisonne le jardin par la rue de Valois jusqu’à l’immeuble où je travaillais sous un toit protégé des marchands de biens par son classement aux monuments historiques. C’était le trajet le plus court, sans aucune distraction, aucune perspective, le trajet simplifié, celui qu’il était possible d’emprunter en courant en retard entravée. Le décor devient presque inutile : ici seul le parcours compte.

A gauche 2 consistait à passer devant la librairie delamain encore fermée et s’arrêter devant sa vitrine : elle reflète la vie qui passe  dans la rue autant que le fruit de son immobilisation dans les mots. Lever les yeux vers l’espace vide entre les rayonnages, le parquet et l’échelle montant aux étagères. L'endroit est simple et beau. Je la croisais ici sans le savoir,  elle ignorait tout de ce qui pourrait éventuellement nous lier par la suite. L’empan de son manteau d’hiver libérait l’espace lorsqu’elle traversait en silence. J’avais le nez plongé dans l’incipit mais la présence de l’autre, on le sait, change la lecture car elle accroche les sens au passage, obligeant à mélanger l’histoire écrite avec celle qui se prépare dans la réalité. La librairie comme lieu de rencontre, voilà une légende qui déperira avec la mode des liseuses électroniques sevrées du papier et shootées au doigté digital. Derrière la comédie française, entrer par le péristyle qui est un point de passage indispensable. Ici peu importe la sortie, c’est un trajet interrompu dont seul le centre compte (un jardin noyautant un palais qui poursuit une histoire démarrée à l’intérieur d’une ville) Raconter.

En face 3 le dernier chemin traversait le patio vide  à cette heure et slalomait entre les colonnes de Buren pour emprunter la galerie de Montpensier et faire le grand tour. Le tour royal qui laisse le temps d’observer le même endroit depuis les quatre côtés avec quelques minutes d’écart. Le cercle du bassin luisant de pluie, les branches noires, les troncs alignés comme décalcomanies des grilles. J’ai toujours trouvé une forme de consolation dans la répétition, mais en marchant à pied le long d’un parcours archiconnu, maitrisant son propre rythme et imprimant une allure choisie à la ville, c'est mieux que ça, c'est y trouver physiquement et émotionnellement son compte.

 

[joyeuses fêtes]