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09/05/2012

Des natures froides

Olga.jpgA cet endroit, le fleuve est tellement large et la glace si épaisse  que les promeneurs y ont creusé un chemin. Semaine après semaine, il  laisse apparaître ses ornières durcies dans le lit avant de disparaître au loin derrière un promontoire, une île. Justement Théophile Gautier écrivait  lors de son voyage en Russie que « rien ne distingue ce fleuve de la terre ferme »  puis chipotait  « si ce n’est ça et là, le long des quais, pareils à des murs, quelques bateaux qui hivernent surpris par les froids ».

Et la rive ? On l’avait oubliée mais elle  se tient derrière un  escalier aux marches  jaunâtres et brillantes taillées directement dans  l’eau qui descend le long de la muraille d'une prison. Comme toutes les prisons, le lieu est sinistre et suinte l’histoire. Ses cellules entraperçues par les meurtrières situées sous le niveau du fleuve ont mis au supplice de malchanceuses princesses. L'accès qui donne sur l’eau était appelé "porte de la mort", au moins c’est clair.  Aujourd’hui les promeneurs viennent s’y tenir la main et contempler la vue depuis l’avancée en forme de croix sans arbres. Descendre le chemin sur l'eau et les deux ne font qu'un. Ce fleuve  supporterait-il tout quand notre hiver français est si las ? En Russie lorsque le pied tâte le sol , il est solide sous la poudre. Ce n’est ni la terre ni la mer, c’est une avenue blanche dont la vie est immobilisée et s’encadre  dans la ville. Aucun apparat, aucune tentative de plaire dans ce tableau. Sa beauté est froide. Quelque chose est prisonnier là-dessous et s’offre aux pas d’un hiver interminable parmi tous les autres hivers où des silhouettes glissantes se sont habituées à disparaitre.

Le plus surprenant n’est pas de marcher sur l’eau (quand même) mais de retrouver ce paysage dans le visage d’Olga.  Il est immense et pris dans d'autres glaces.  Il n'a pas besoin de mots pour expliquer qu'il emprisonne exactement le même tumulte, sans la moindre trace de passion.  Rien de plus personnel que les correspondances sensibles, se dire ( et c'est fugace) que « tout se tient ».


Le visage d’Olga peint par son père Nesterov ressemble à la Neva. « Ce n’est pas un doux charme, un rêve printanier. C’est un subtil poison de songes inutiles » Annenski.

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