Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

14/10/2012

Europe égarée

EuropeEnlevée.jpgN’en déplaise à nos architectes, c’est moi qui ai inventé le premier labyrinthe, non pas pour te perdre mais pour te permettre de me suivre. Cette traque amoureuse insensée n’aurait pas eu lieu dans la réalité mais là … homme, femme, taureau, chacune de tes formes emprunte quelque chose à un désir naissant, autant d’hypothèses livrées aux dieux.  Dans cet infini de voies possibles,  le corps d’une femme, d’un homme ou d’un taureau…  rien ne m’empêche d’y penser, rien ne m’empêche de revoir tes tentatives d’approche et de réinterpréter mes erreurs. Ce jour-là le soleil était haut et les parois des gorges m’ont parues bien plus vertigineuses que les murs de la cité. Je marchais vite, repoussant les bouquets de branches poivrées qui cinglaient mes épaules,  pour rejoindre la plage où nous laissions nos bêtes pâturer. Sur le plat du sentier, les jambes un peu plus lourdes, j’ai ralenti ma course et  ta peau laiteuse s’est soudain laissée prendre aux jeux de lumière dans les trouées de la frondaison. Ce fut un choc pour moi d’être la proie d’un invisible, mais en percevant ta présence entre les branches, j’ai aussi perçu le battement de mon cœur, est-ce ça qui forge une destinée ?

Est-ce parce que le matin, les nuages dessinent les courbes flottantes de ton fanon et le soir d’autres constellations,  l’émail piqué de tes cornes ?

Une autre fois,  tes pas me précédèrent dans  le réseau de ruelles brûlantes qui dégringolent jusqu’à l’enclave du port.  La puanteur s’élevait des barques fatiguées et je te vis de dos sur le sable, ton cou était musclé et sa couleur celle de la neige, presque semblable aux fils blancs de tes cheveux mélangés au filet de pêche que tu portais sur l’épaule. Ce jour là tu étais une femme, curieusement d’un certain âge ou plutôt sans âge mais n’est-ce pas la même chose ? Tu magnétisais mes pas car je suis entrée lentement dans l’eau en suivant ton sillage. Quand les vagues ont atteint mes hanches et que le filet flottait autour de nous comme un monstre marin menaçant de nous avaler, j'ai osé te parler et c’était sans malice : tu ne m’as pas enlevée.  On n’enlève pas un cœur qui vous appartient déjà, mais je me suis prise aux rets de cette situation qui s’éternise, voilà mon embarras. Je vais te le dire autrement:  nous sommes restés ensemble dans le labyrinthe.

Les commentaires sont fermés.