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26/03/2009

Fiancées du dragon

Drg.jpgAu pied du château Wawel, à l'intérieur de la colline, vit un dragon. Comme la légende est la cabine de projection des rêves d'un peuple, elle raconte que c'est un modeste cordonnier qui réussit à le vaincre par la ruse là où tous les guerriers de la cour avaient échoués. Il réalisa un mouton truqué, une peau remplie de soufre qui assoiffa le monstre et le fît boire et boire dans la Vistule où il finit par se noyer. La fille du roi fût sa promise mais personne ne parle jamais de l'autre fille, celle qui, recroquevillée dans les ombres de la fête, aimait le dragon.

Aimer le dragon est dans ma nature, aurait pu dire la fille, aucune peur, aucune menace aucune laideur ne peut venir troubler l'imaginaire brûlant que je partage avec tant d'autres dans cette ville et ailleurs dans le monde. Nous aimons le dragon et la poésie de ce soir d'hiver polonais où des lanternes éparpillées donnent naissance à la nuit, où il neige jusqu'aux genoux du Planty, le ruban d'arbres qui menotte en douceur la vieille ville indigne de Krakow. Où, sous chaque lanterne, il y a une porte d'entrée qui n'entend pas du tout être accueillante. Pour échapper au froid et aux pensées encollées comme des affiches racoleuses à l'intérieur du crâne ( ailes légères, lourdarmure), nous prenons l’escalier nu qui descend dans la caverne. Dans la pénombre, de larges tapisseries couvrent la pierre et des ombres bleutées, turquoises échappées d'ailleurs, se déploient en langueurs épaisses autour des lustres du plafond. La caverne est une cantine où les épices venus de Hongrie consument tous les plats de brusqueries charnelles, cannelle et paprika dessus dedans, chou fumant, soupe puis caviar laminé par la chaleur. Il y a aussi du vin chaud qui fait fondre les pierogi ces briques de pain tendres au palais comme du fromage blanc. Chaque bouchée vient de contrées au charme lointain, de Balaton, et dit explose! Lâche-toi! Pars! Puis nous retient. Reste! Ralentis! Nous aimons cette chaleur prise à rester dans l’antre, dans l’entre-deux des fêtes ( dire que ce soir, c’est la Saint Valentin) à faire l'inventaire des incongruités qui stimulent la contemplation.

Pourquoi mettre de l'or dans la vodka, tisser des fils de cuivre sur une veste délicate mêlant la laine des montagnes et le lin, fondre l'ambre de la Baltique dans le métal, poser une mangouste momifiée à côté de la Dame à l'hermine? Pour regarder les paillettes tourbillonner autour d'un glaçon comme une boule à neige dont le centre aurait pris feu, et qui donnerait le sentiment terrien de boire à la forge. Pour maintenir bien droit l'uniforme de la guide de la Wieliczka, boutonné jusqu'à la lèvre inférieure qui , fantasme de chair sur un tuteur soyeux, la fait ressembler au jouet impossible d'un électricien. Pour que les femmes portent un oeil de chat éternel en bijou. Pour saturer la sensibilité. Simplement pour les amoureux du dragon , dirait la fille, pour qu’ils viennent encore répondre au souffle surréaliste qui donne le frisson à une ville d'apparence si sobre, si religieuse, hautement culturelle, parfois si tragique, brisée. Pour perpétuer les fiançailles de deux mondes anciens qui se côtoient à distance dans les caves de Cracovie, dans les couvents transformés en galeries d’art, au fond des mines de sel magnifiées par des mineurs devenus lyriques en désespoir de cause, dans la mélancolie des rues disgracieuses et dans la halle aux draps ouverte à l'envol trop saccadé du tourisme, le monde des matières douces et des matières dures. Du chatoyant et de la bure. Sans aucun mélange: exubérance totale dans la juxtaposition.

 

10/12/2008

Athena polias

Athena1208.jpg

24/11/2008

Description d'une amulette

« Moi aussi j'avais une amulette. C'était la pièce en os de l'extrémité de la ligne du harpon à laquelle on attachait le flotteur de capture. C'est la seule chose que j'ai héritée de mon père. Elle était attachée à un morceau de ligne de harpon qui était cousu dans mon anorak. Je la portais sous l'aisselle, car il fallait que je devienne aussi bon chasseur que lui » Georg Quppersimaan

Ang3.jpgA première vue, c'est une forme plane qui ressemble à une étoile tombée sur une bosse terrestre.

Deux tâches se chevauchent sur une échelle visible à l’oeil profane. C'est une amulette moderne: par nature elle est inappropriée.

La couleur grise symbolise le double imaginaire, l'être invisible et auxiliaire qui parfois nous dépasse, l'angakok! Incontrolable mais mimétique. La bleue représente l'être réel, apparent et social, celui qui n’écrit pas sur ce blog mais qui sait présider une réunion et faire fonctionner la machine à café. Entre les deux, un échange d'énergie permanent. Ces couleurs ne viennent pas d’un pigment tâchant les doigts qui malaxent une terre naturellement poudrée, ce sont des numéros à l'arrière de l'écran 006080 et a0a0a0. C'est un code html qui donne son identité physique à l'amulette: il est arbitraire, il n'a pas d'histoire naturelle, mais c'est pourtant un objet bien concret issu de mon environnement aussi sûrement que le bois de flottage n'en est pas un. Il n’est pas possible de la sculpter, sa consistance est inexistante. Elle s'imprime sur du papier recyclé alors qu 'elle devrait être en pierre, en os ou en andouiller, et se brandir à l’aide d’une poignée, se cacher dans la main serrée puis se transmettre de main en main, s’accrocher à la grille de la maison pour la protéger. Son pouvoir agissant est flou, elle est limitée par sa forme. L'intensité des effets placés en elle devrait être liée à ce qu'elle représente mais ce n'est pas le visage d'une femme avec un chignon pour attribut de fertilité, ni une dent où s'entrouvrent deux yeux miroir de l'âme d'un animal, ni un autre esprit zoomorphe griffes et bec tête-bèche sur un homme malchanceux, ce n'est pas non plus le peigne ou le grattoir miniaturisés cachés dans le pli de ton habit de cérémonie ou cet ours sublime figé dans une danse éternelle!

C'est juste un artefact et pour toutes ces contradictions, il est illégitime. Inouk semble dire que ce n’est pas un problème.

18/08/2008

Toutes les villes s'appellent Chora

200_04220120.JPGRéponse à P.

Qu'as-tu gardé en poche ? Toutes les villes grecques et un ticket de ferry ( les trois autres sont dans la mienne, les citrons charnus dans le sac à dos). Le territoire grec porte un nom d'acrobate, Chora ( Le Ch s'écrit X et se prononce HR, ce qui n'arrange pas tes affaires ). Comme dans les contes, tu as abordé cinq fois cinq îles. A la cinquième île d'Egée où tu accostais un soir encore une fois avec moi dans le dernier effort d’un moteur tachycardique, ayant gravit puis descendu les marches ébréchées par les pas invisibles du soleil sans jamais te perdre dans l'enroulement des ruelles, réalisais-tu avoir visité encore une fois LA MEME ville ?

La même ville. Le même nom, mais pas le même endroit.

Chora est perchée pour être difficile à atteindre. Chora est un nid, puis l'idée qu’on se fait d'un nid où habiteraient des hommes. L’idée a du précéder le lieu pour se confondre autant. Ici, là-haut, en discutant avec CK ( ou avec A. plus loin sur une autre île) et à écouter l’inventaire mélodieux de leur vie sur le fond blanc de la même place, cette agora répétée à l’infini grec, je me dis maintenant que c’est une façon unique de laisser au voyageur la liberté de raconter l’histoire en leur offrant juste un détail qui donnera corps au moment, celui que tu t'échines à inventer inlassablement, leur montrant toutes choses sans les nommer, en libérant le fatras encombrant d’une vie ( je devrais dire, le fatras de vivre) sans la rigidité du cadre.

Deux bras de sable ceinturent les flancs en arrête de la Chora d'Andros, l'un est peuplé par une colonie de tortues. Il est impossible de le savoir sans y avoir marché. De l’autre côté, l’hôtel au nom oublié tombe en ruine devant le pigeonnier d’une manière affreusement poétique qui me contamine d’une envie littéraire à chaque aller-retour de l’épicerie . Chora de Sifnos s'appelle aussi Apollonia pour ses parures de fleurs qui ressemblent à la toile damassée aux hanches d'un dieu amoureux, mais la Chora au Kastro entre la mer et les cieux a ta préférence parce que tu y as observé un homme peindre avec la lenteur d'un songe une des six cent marches menant à la petite chapelle orthodoxe posée là sur sa tête, poséidon!

Pour une fois en te lisant, je sens que tu t’autorises un prête-nom, Chora. Tu en as hérité puisqu'il suscite chez toi une forme d’ordination naturelle des émotions. Quand tu endosses cet héritage, j'ai l'impression de te connaître depuis toujours.

27/05/2008

Zone Franche

1321987927.jpgPardonnez-moi, je ne sais pas de quelle manière vous rejoindre. Ma mémoire est lacunaire et refuse la sinuosité d'un parcours imposé. Horror vacui. Contrairement à la nature, elle se complait dans le vide laissé par les vrilles résonnantes d'un passé que nous partagerons pas. Une bougie, trente bougies, aucune bougie. Trop de vent dans le sang. Dans ce souvenir inexistant mais tenace, vous avez vingt ans et vous habitez seul dans un apparthotel, carton mal ordonné de sentiments mal coloriés posé devant la porte de votre chambre, en ménage avec l'urgence des sentiments choppés à la volée des filles, entre deux paliers de l'immeuble en forme bidon de fer-blanc. Bâtisse qui ressemble vaguement à un nuage étagé dont la consistance épaissie serait le résultat du mauvais dosage des ingrédients du décor: elle dessine l'angle cabossé d'une de mes pensées vers vous. Dans ce souvenir décanté à la lumière du sud ouest, vous avez plutôt quarante ans et vivez au rez-de-chaussée du nuage mastoc, en couple avec enfants et une femme éthérée qui soignait les autres sans parvenir à vous guérir, un ménage de raison inchavirable mais conventionnel qui [pourrait, peut, aurait pu] servir d'écran à toutes les ombres de votre vie. Dans les méandres de ce souvenir si flexible, vous avez finalement les cheveux blancs ramenés en arrière par une barrette de nacre au miroitement ardent et énigmatique des éclats atomiques de toutes les péripéties vécues au-delà du bar-tabac de l'avenue, celles de vos errements, de vos retours, plus simplement de vos voyages. Quel que soit le format du souvenir monté en neige, je reviens toujours à l'idée d’un VOYAGE sans destination pour penser à vous. Mais à mon âge et à ce point de mon parcours, j'ai cessé d'imaginer que vous m'avez aussi mis du vent ras les veines.

Dans cette antichambre surchargée de vide, aucun souvenir factice ne mérite qu'on s'y attarde vraiment. Pourtant cet endroit où je vous croise encore et encore finit par me déconcerter, me pousse inconsciemment à poursuivre le lapin (aurait dit la petite fille). Vous habitez dans la zone franche: ce petit espace du maillage intérieur entortillé de questions ( seul indice de son existence) qui s’efface tous les jours à la mise à jour générale du réseau, et réapparaît aussi souvent. L'ingénierie intime a ses trouvailles: elle module sa géographie sur un mode coercitif en faisant disparaître la zone félonne. Pourquoi félonne? Parce qu'elle pourrait nous mettre dedans ! tels des naufragés de notre propre histoire, inutiles à notre réalité, insuffisants à remplir le passé, héréditaires seulement à force d'obstination. Quelques regrets traîneraient un peu partout. Calypso expliquant à Ulysse pourquoi il aurait mieux fallu prendre une autre route pour ne pas échouer sur son île, Ulysse se défaisant de sa quête comme d’une lourde cape et préférant rester sur les terres de l'audacieuse. Autant dire : Pierrot et Colombine décidant de s’échapper main dans la main de leur décor de cire du musée Grévin.

Mais avez-vous jamais existé pour vous laisser ainsi forclore? Vous ne serez pas sauvé, a dit la petite fille, j'aurais aimé que nous le soyons, compassion à jamais informulée par l'adulte. Pas de carte de la zone franche. Sans carte, plus aucune fille de pirate pour vous chercher.

16/01/2008

fleur-caillou

4ed9614696462b435d86202e12cc9f9c.jpgDepuis longtemps, je suis captivée par les lithops, ces plantes au camouflage minéral qui ne laissent percer leur fausse écorce de pierre que pour une floraison. La plume qui fend le bouclier. Aujourd'hui, plusieurs soleils de ma vie mettent leur lumière à l'épreuve de l'astre occultant et sont rudoyés par ce combat. Je devine l'interstice entre l'amour et l'absence. Comme j'ai de la peine pour eux, et que je ne sais pas nommer l'endroit , il faut l'imaginer.

Et tu vois, c'est un grand silence autour d'une fleur-caillou. 

01/12/2007

Compromise

 «Non compromise par l'absence de désir , Maudite par l'absence de désir »

J'imagine pernicieusement une vie exempte de désir. Ou plutôt une canalisation secrète et compliquée qui délivrerait le royaume de ses débordements, l'enchevêtrement discret de réseaux d'évacuation dans son soubassement, remède ergonomique à toutes les déclivités. Tout autour, le fuselage d'un modèle d'intégrité bien dessiné, carrossé pour s'offrir à d'autres combats nécessairement plus justes, enfin reconnus et partagés. En haut, une volière aux battements, à l'intérieur l' espace suffisant d'une connivence riche et paisible.

La clé, bling

la clé posée en équilibre sur le rebord du compte-tours tutoyant son coeur. Malheureusement, à tout moment, levant les yeux de cette réduction, si je croise l'ingénuité d'un geste involontairement lesté par l'appétit de son regard, une sorte d'obscur balancier se remet en marche, une obsession en son pendule. Pour qu'elle prenne encore la liberté de se soumettre à mon corps, j'accepte à nouveau l'imprévisible.

La citation est de TJ Tejpal dans l'impétueux « Loin de Chandigarh ». Et le désir est une chose merveilleusement amorale mais, pris au piège de la monogamie, il ne peut survivre sans amour. Sans les lubrifications de l'amour, on ne peut désirer continuellement la même personne (..) L'amour réapprovisionne en huile la machinerie du désir.

15/11/2007

Sinéad, days without number

9bdf57890b6da9df3277b3a67e3d40a0.jpgTa voix est un animal fétiche dont la mythologie reste à inventer. Ce soir dans ce costume trop grand pour toi, ta voix s'accorde à ce tissu mal taillé: elle te dépasse, elle emplit l'univers. S'échappant par enchantement de la jeune femme déguisée en cygne, elle arrime chaque note à la Foi qui la fait naître, la guide et la porte si haut. Ecaillée dans la lézarde du souvenir de vos combats, elle accompagne l'archer plaintif de ta violoniste, avant de devenir d'une puissance cristalline comme si toutes les eaux des comtés d'Ulster se rassemblaient, torrentielles. Même la batterie n'est plus qu'une rumeur à son tumulte, et le théatre succombe à la force de ta joie. Bien avant ce soir, saisie par d'autres envoutements, le lion et le cobra dormaient déjà sous mon écharpe dans une ruelle pavée de Strasbourg et apprenaient à une gamine introvertie que le cri pouvait aussi être un chant.

16/10/2007

Rock around the Bessin

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Un fragment de la beauté du monde tombé du cadre ce we
pour toi.
Bonne reprise aux opusiennes et aux petites déesses qui abritent leur quotidien.

24/09/2007

Chocs sur-mesure

Les mannequins ne sont pas dépourvus de vie. Parfois ils échappent même à la fonction utilitaire imaginée par leur créateur pour une course inattendue vers la faillibilité humaine.

Assurance dispose d’un corps féminin en mousse de polyéthylène dont la structure en fils d’acier lui permet d’être totalement flexible. Même les doigts sur toute leur vénérable longueur. Aujourd’hui sa ligne avantageuse est recouverte de plusieurs épaisseurs de taffetas fabriqués dans l’acidité de la peur. Un sautoir en billes de polymère tord sa main droite à l’arrière de son dos vers son pied bien attaché sur un socle. Elle prendra une autre pose demain, après-demain drapé 54% acrylique marqué mi corazon, le surlendemain membres tourmentés dans la soie. Assurance pourrait être une libertine, en tout cas elle n’a pas de sentiments. Le métabolisme de Vérité bénéficie de la complexité du corps humain pour irriguer l’esprit des étudiants en médecine. Ses organes à découvert peuvent être ôtés des cavités mais restent maintenus à l’aide de câbles en alliage d’étain. La place à l’entrejambe est vide, c’est une béance nécessaire à la bonne conduction des idées. Vérité a l’immobilité de la mort, mais après tout peu importe! car Vérité se fout des émotions, et du désir en particulier. Force est un mannequin homologué « monde » pour les impacts frontaux. La répartition des 200 capteurs sur son corps lui permet de reproduire les circonstances du choc. Une traçabilité de premier ordre : la relecture impudique et systématique de la scène pour trouver l’instant où les choses ont commencé à supra-osciller. Le désordre est ré ordonné, puis stocké dans une mémoire latérale de poche détachable, très pratique pour poser des informations en attente. Evaluation millimétrique des mouvements permettant de remonter à un état de départ qui était pourtant parfaitement stable et tranquille. Procédé en tenailles mais au moins, dans cette mâchoire, peut-on tout expliquer. Même rétamé, Force est beaucoup moins lâche que moi, il se collete tous les jours la réalité du mur du fond sans prétexter qu’il hésite à y aller parce qu'il préfère l’écrire. Je l’aime bien, on pourrait partager une bière après le travail et se dire des banalités comme celle-ci: la vie est un très long crash test.

20/09/2007

Cinema de plein air

Nous étions amateurs d'un imaginaire projeté sur la toile du ciel, les émotions germaient entre les pins et les étoiles, au petit bonheur. Les émotions naissaient sur la paume verticale de l'écran, recyclant la chaleur du tapis d'aiguilles et de cailloux chauffés toute la journée durant. Les enfants, ces feux follets, s'éparpillaient de joies et de peines et il était facile d'en ramasser les miettes . Les enfants avaient cet âge que je refusais avec acharnement de partager. Que la jeunesse semblait inutile assise contre une épaule adulte, clé-de-voute d'un raisonnement bientôt déchu!

Nous étions pourtant tous les enfants de Hania à cet instant dans le kaléidoscope du vieux projectionniste. Le jardin public avait une entrée réservée au grand cinéma et l'herbe râpée devant le kiosque était la place de la reine. Le kiosque vendait les billets au milieu des journaux, des cigarettes, des coupons de loterie et des sachets d'amandes salées. Echappée à la vigilance de ses soeurs, une erinye disposait des figues confites sur un tabouret concave, une chèvre attachée à la grille de l'entrée. Et le film prenait soudain sa place dans la partition désordonnée du jardin sans que le silence ne fasse partie du contrat passé avec le ciel. Le côté pittoresque de la situation nous échappait mais pas les premières images de l'héroïne ralenties par la prise gélatineuse du générique. Nous étions tellement surpris de l'envol crachoté du son de sa voix grave que j'en oubliais de tenir au sol. Elle aurait pu s'asseoir au bord de la toile et balancer ses chevilles sous l'amandier pour nous amener la rejoindre, elle aurait pu tendre les bras et jongler avec nos coquilles de noix pour laisser cette histoire de si peu d'épaisseur faire un abri à nos vies.

Poser un toit sur ces émotions n'a jamais rien changé à leurs éclaboussures.

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Sortie mercredi prochain à Paris avec une mauvaise traduction, à Taiwan aussi ( source JodieFoster.nu) et ailleurs sous les étoiles.