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07/01/2007

En sommeil archipel

En regardant le plafond détoilé, cette nuit d'hiver me sourit. J'avais oublié que je dormais déjà. Son sourire ressemble à un pli au milieu de nulle part. Comme tu n'es pas là, je sais que c'est une feinte. Une galaxie de stuc posée en équilibre sur une feutrine recyclée à la roue des nuits. 250 kilos minima de matériel imaginaire pour meubler le décor d'une place vide dans les draps. Reste un job de titan avant minuit. Le montage de l'avant-scène de mon sommeil est un travail éclectique: je construis des épaves sans serrures qui finiront démurées par les cahots du désir.

Cette nuit, c'est une chance, sur l’oreiller où tu posais ta joue j'ai trouvé l'entrée de ta ville. Ne dis pas non, je l'ai reconnu à travers le soupirail de ma fatigue. Tu me la décris depuis si longtemps, à force de patience j'aurais fini par la trouver. En passant le bras, je pourrais presque me saisir du drapeau de la grande roue qui domine la fête foraine. Un bandeau d'émail soufflé par tes conquêtes sur la douleur qui recompose le profil d'une vie en parcelles de bitume. Inexprimable ailleurs. Ici, c’est différent,  par la grille du sommeil et vu de haut, il n' y a pas de frontières, pas de panneau indicateur, la lumière trace des routes joyeuses,  et barricade tes itinéraires ratés, refuse les raccourcis. Tu n'es pas faite pour les arrangements, même spatiaux, même en rêve, même absente.

Cette nuit je cède à ce décor impossible pour une bonne raison : je suis là pour le rêver à ta place. Laisse-moi m'arrêter ici, entre deux draps, entre cette banderole que tu as oublié en partant et la voie ferrée,  je veux poser sur l'enceinte de ton inconscient mon espoir comme un ornement.

20/11/2006

Tortues échouées

Je vous avais préparé un joli post qui se passe sur Saturne avec toutes les étoiles que j'affectionne, seulement voilà, cette nuit, je suis allée à la soirée des tortues équatoriales. Celle-là même à laquelle je renonçais un peu plus haut. Car voyez-vous moi aussi je suis une putain de matérialiste. Je sais être gentille et relever ma mèche en souriant quand on me le demande avec des arguments étudiés. Je sais faire le chien savant avec une coupe de champagne à la main devant des hommes en cravate et des bocaux remplis de méduses (ou vice-versa je ne sais plus). Bien sur j'ai vu mes propres mots livrés en pâture à un projecteur épileptique sur un écran au milieu de formules commerciales qui me font vivre. Bien sur l'incompréhension a crée des plages de dialogue muet. Bien sur les codes ont brutalisé toutes les attentions naissantes. Bien sur les imaginaires ont été asphyxiés par le coût assumé du décorum.

Ca ne pèse vraiment rien devant ces animaux captifs qui ont tourné en rond dans un bassin sponsorisé pendant toute la soirée. Ils nous adressaient le rappel discret de notre insondable vacuité.

17/11/2006

Pouvoir ou pas

Un délibéré a eu lieu, et comme tous les délibérés il n’était pas public. Elle a fait connaître son opinion sur chacune de mes propositions, et, en marge, leurs pauvres apostilles. Ses observations donneront lieu à des révisions, probablement. Après cela s’est calmé et nous sommes sorties par un couloir qui comprend un nombre déraisonnable de  miroirs. Il faisait bon cet après-midi d’octobre. Elle a pris la veste de son tailleur ch*nel -ou similaire du genre- à la main, ce qui doit être un sous-code que j’ignore. Nous avons regardé le ciel au-dessus de ces façades classées aux monuments historiques. Je songeais au dialogue allégorique que pourraient avoir les blasons en pierre. La lumière faisait du bien mais, vu le moment que nous venions de passer, je ne risquais aucune parole et elle tournait à peine la tête vers moi.

« Ecoutez jeune femme » (là mon plaisir ressemble à un shoot au poppers*) « j’ai un conseil à vous donner, méfiez-vous de l’exercice du pouvoir (on se croirait dans un polar usé mais c'est pourtant irrémédiablement arrivé et en plein après-midi) J’en ai vu à cinquante ans, anéanties, lorsqu’il leur a échappé, ça s’insinue dans votre vie sans que vous vous rendiez compte que vous ne pouvez plus vous en passez. J’essaye de m’en préserver » 

« Vous voulez dire que c'est une addiction tapie dans l’ombre ?»

« Exactement »

« Alors je prendrai une lampe de poche. »

Elle me regarde enfin et elle rit. Il y a toujours un peu de douceur dans le regard des femmes de pouvoir. Madame, je veux bien retenir votre mise en garde mais je préfère quand vous en riez. Je ne revendique que le pouvoir d’aimer. Eblouissant. Désespérant. Incandescent mais tragique, voire misérable.
En un mot, Eternel.

*Je te remercie de m’avoir initiée à ce rite caverneux qui a laissé cette cicatrice que tu aimais bien sur ma lèvre pendant des semaines

16/11/2006

Entropie

Comment équiper votre cuisine? Votre cave à vin? Voulez-vous souscrire un investissement immobilier dans le Tarn et Garonne? Que diriez-vous si nous vous embauchions pour 10 Ke de plus (et surtout léchez-moi bien la main)? Souhaitez-vous développer votre potentiel par la technique du 360°? Améliorez votre isolation avec des fenêtres en PVC ! Voulez-vous traduire vos textes en catalan, en hongrois, en danois? Hi, do you need information about BBC ratecard ?Vous êtes invitée au séminaire des mutants aux-chaussures-pointues (madame, nous démarrons from scratch), au petit déjeuner déguisé du Drugstore Publicis, à la soirée des tortues équatoriales au trocadero (renvoyez votre coupon en éponge à Hélène, mais si Sacha vous la connaissez)!

Libérez mon mail, libérez ma boite vocale, mon fax, libérez ma boite aux lettres. Il y a redondance, le canal est brouillé. Vous abusez de la fonction phatique ( en voulant vous substituer aux amis que je n’ai d’ailleurs pas) et vous tombez mal. En ce moment je me préoccupe de ces questions comme d’une queue de cerise.

(ou alors ayez la délicatesse d'ajouter une phrase de Saint-John-Perse)

12/10/2006

Je l'emmènerai à Bergen

324e2c710f99fd347f179a0db6318b62.jpgJe l’emmènerai à Bergen parce que je n'y ai pas de souvenirs, pas de musique, pas de femme, pas d'histoire à raconter. Je l'emmènerai à Bergen parce que le mot est léger, parce que six lettres suffisent à faire danser les macareux au-dessus des maisons comme des couleurs envolées. Je l'emmènerai à Bergen parce que la roche tombe dans la mer et que c'est un que mélange à nous, parce que j'aime les ports et qu'elle aime les glaciers. Je l'emmènerai à Bergen parce que je veux lui dire qu'aucune onde n'a jamais plagié ses yeux. Je l'emmènerai à Bergen parce que la terre a découpé des anses pour nous parler, parce que les noms des rues ressemblent aux dessins de nos enfants, parce que la ville a la douceur de la vie naturelle qu'elle abrite en secret.

Je l’emmènerai à Bergen parce que je ne sais pas déplacer les montagnes.

02/09/2006

Reste la question d'Ilène

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J'ai un faible pour la femme invisible. Ce personnage qui n'apparaît jamais au long des L-saisons et dont on entend pourtant les battements sous le masque et la toge. Mais il me manque sa chair. C'est dire si j'ai un problème avec Ilène Chaiken.

Ilène, c'est Mary Shelley à l'envers.
Elle s'est dépossédée pour donner corps à de multiples louves sans jamais faire d'elles des créatures.
Elle a retenu son poing en frappant Bette de son inextinguible énergie, tout en lui inoculant sauvagement l'héritage de sa rupture. Elle a confié ses années à Marina sans lui céder son esprit, son ingénuité à Dana sans lui donner son charme. Elle confronte toujours ses désirs à ceux de Shane pour soupeser la distance avec son propre précipice . Son dernier éclat de rire le long du Pacific Rim est venu se loger en haut de la pupille d'Alice, elle en a fait des bouquets généreux à force de marcher à deux sur ces plages de l'ouest canadien.

Compter les ricochets me prend du temps. Parfois, devant l'écran, je ne vois que la mosaïque du visage d'Ilène.

25/08/2006

Si l'hôtesse cède au haïku


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L'hôtesse d'Air France a légèrement plissé les paupières, ce qui a envoyé une imperceptible onde de choc dans tout l'appareil, puis a terminé son intermède par: « Surtout Respirez Normalement ». Respirer normalement n'est pas compatible avec la chute du masque jaune, pas compatible non plus avec les ailes blanches qui tentent de s'envoler de sa poitrine à droite. A ce moment, pour entériner le rituel d'avertissement et que nous puissions tous respirer normalement,  je voudrais que l'hôtesse garde le micro et énonce un haïku:

« Fraicheur,

le bas de mon kimono soulevé par le vent,

dans le bosquet de bambous »

(Chiyo-Ni vers 1750)

Si l'hôtesse cède au haïku, les étoiles auront un spectre très particulier sur ce vol de nuit. Si l'hôtesse avait cédé au haïku, son clin d'oeil incertain aurait glissé en un souffle régulier vers tous les passagers.