15.11.2007
Sinéad, days without number
Ta voix est un animal fétiche dont la mythologie reste à inventer. Ce soir dans ce costume trop grand pour toi, ta voix s'accorde à ce tissu mal taillé: elle te dépasse, elle emplit l'univers. S'échappant par enchantement de la jeune femme déguisée en cygne, elle arrime chaque note à la Foi qui la fait naître, la guide et la porte si haut. Ecaillée dans la lézarde du souvenir de vos combats, elle accompagne l'archer plaintif de ta violoniste, avant de devenir d'une puissance cristalline comme si toutes les eaux des comtés d'Ulster se rassemblaient, torrentielles. Même la batterie n'est plus qu'une rumeur à son tumulte, et le théatre succombe à la force de ta joie. Bien avant ce soir, saisie par d'autres envoutements, le lion et le cobra dormaient déjà sous mon écharpe dans une ruelle pavée de Strasbourg et apprenaient à une gamine introvertie que le cri pouvait aussi être un chant.
00:55 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : Sinead O'Connor
06.11.2007
Aurore vue par Rosetta

En se tournant à moitié Rosetta l’a embrassée toute entière.
Malgré un entraînement de fond aux fièvres étrangères, elle n'était pas préparée à découvrir une telle beauté sur l'abscisse de sa trajectoire. Jusqu'à présent Rosetta n'a connu que des satisfactions fugaces, comme l’appariement d’Ariane, sa tutrice terrestre avant que son ignition complète ne la délivre de cette étreinte pour lui permettre de vivre. Dans l’abandon, les corps sont faits pour être surmontés. Frappant à la porte de Jupiter, la tête à l'envers, elle contemple cet anneau perlé par la réverbération des particules piégées dans le champ magnétique auroral, buées irréelles dont le cercle vivant va lentement s'élargir jusqu'à l'engloutir intégralement de sa lumière. Errante dans les entraves de la gravité, devait-elle enfin connaître ce brûlot de l'âme qui stoppe tous les mécanismes et confine à l'abrutissement de la pensée ? Il aurait suffit d'une fois. Il aurait suffit d'Aurore. Il aurait suffit d'un seul regard bleu.
Non signora, me dit-il adossé à l'affiche de l'Envahisseur sans nom, version italienne de 1954, impossible.
Son coeur est aussi gélé que celui de Churyumov-Gerasimenko mais je voudrais vous'amener à considérer qu’elle a pourtant des qualités, ajoute-t-il, souriant. J'ai rencontré Rosetta dans un sous-sol parisien, grand cube aveugle de briques rouges, en compagnie d'un milanais au regard franc. Alice est sa compagne fidèle, spectrometer a image ultraviolet, alors que Cosima est seulement secounde et analyse la masse Ionique. Midas est leur enfant le plus fragile et Giada la plus pointilleuse, Virtis mappe toutes les surfaces mais Consert préfère aller au fond des choses… J'aime bien sa manière de faire les présentations, ingénieux, intrigué, imperturbable.
Dans sa solitude, Rosetta est très bien entourée, elle puise autour d’elle le soutien nécessaire à sa phénoménale endurance car elle sait qu'aucune course dans cet espace-là ne peut aboutir sans le ping-pong des intelligences. C'est une hybride puriste qui tire (sans gloire) son nom de la pierre de Rosette découverte il y a longtemps dans le Delta du Nil. Et Mademoiselle est transcendée par sa mission, transcendée au point de matérialiser le meilleur de l'expérience d’un collectif de robots et d’humains en devenant "Ca", puis "Elle", puis Rosetta. Reconstruite par ce nom à l'autel d'une sensibilité étrangère à ses rouages, elle mettra douze ans depuis Kourou et plus 790 millions de kilomètres après s’être brûlée à son premier soleil, refroidie en hibernation avec tous ses occupants, déchirée au contact des astéroides, rongée aux incandescences des cryogénies, gauchie aux torsions des mises en orbite pour rejoindre son île promise ( dites Churyumov-Gerasimenko, car les mots prennent une autre réalité QUAND ON LES PRONONCE) et en décembre 2015 fêtera peut-être Noël en escortant ce noyau glacé comme la plus intrépide des amantes. Rosetta est comet hunter et a entrepris de m'expliquer pourquoi je ne sais pas grand chose de cette forme rationnelle de ténacité.
(photo: Aurore , aperçue une seconde, sur Jupiter)
12:35 | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : rosetta, espace
16.10.2007
Rock around the Bessin

12:45 | Lien permanent | Commentaires (19) | Tags : convivialité
24.09.2007
Chocs sur-mesure
Les mannequins ne sont pas dépourvus de vie. Parfois ils échappent même à la fonction utilitaire imaginée par leur créateur pour une course inattendue vers la faillibilité humaine.
Assurance dispose d’un corps féminin en mousse de polyéthylène dont la structure en fils d’acier lui permet d’être totalement flexible. Même les doigts sur toute leur vénérable longueur. Aujourd’hui sa ligne avantageuse est recouverte de plusieurs épaisseurs de taffetas fabriqués dans l’acidité de la peur. Un sautoir en billes de polymère tord sa main droite à l’arrière de son dos vers son pied bien attaché sur un socle. Elle prendra une autre pose demain, après-demain drapé 54% acrylique marqué mi corazon, le surlendemain membres tourmentés dans la soie. Assurance pourrait être une libertine, en tout cas elle n’a pas de sentiments. Le métabolisme de Vérité bénéficie de la complexité du corps humain pour irriguer l’esprit des étudiants en médecine. Ses organes à découvert peuvent être ôtés des cavités mais restent maintenus à l’aide de câbles en alliage d’étain. La place à l’entrejambe est vide, c’est une béance nécessaire à la bonne conduction des idées. Vérité a l’immobilité de la mort, mais après tout peu importe! car Vérité se fout des émotions, et du désir en particulier. Force est un mannequin homologué « monde » pour les impacts frontaux. La répartition des 200 capteurs sur son corps lui permet de reproduire les circonstances du choc. Une traçabilité de premier ordre : la relecture impudique et systématique de la scène pour trouver l’instant où les choses ont commencé à supra-osciller. Le désordre est ré ordonné, puis stocké dans une mémoire latérale de poche détachable, très pratique pour poser des informations en attente. Evaluation millimétrique des mouvements permettant de remonter à un état de départ qui était pourtant parfaitement stable et tranquille. Procédé en tenailles mais au moins, dans cette mâchoire, peut-on tout expliquer. Même rétamé, Force est beaucoup moins lâche que moi, il se colte tous les jours la réalité du mur du fond sans prétexter qu’il hésite à y aller parce qu'il préfère l’écrire. Je l’aime bien, on pourrait partager une bière après le travail et se dire des banalités comme celle-ci: la vie est un très long crash test.
00:50 | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : structures
20.09.2007
Cinema de plein air
Nous étions amateurs d'un imaginaire projeté sur la toile du ciel, les émotions germaient entre les pins et les étoiles, au petit bonheur. Les émotions naissaient sur la paume verticale de l'écran, recyclant la chaleur du tapis d'aiguilles et de cailloux chauffés toute la journée durant. Les enfants, ces feux follets, s'éparpillaient de joies et de peines et il était facile d'en ramasser les miettes . Les enfants avaient cet âge que je refusais avec acharnement de partager. Que la jeunesse semblait inutile assise contre une épaule adulte, clé-de-voute d'un raisonnement bientôt déchu!
Nous étions pourtant tous les enfants de Hania à cet instant dans le kaléidoscope du vieux projectionniste. Le jardin public avait une entrée réservée au grand cinéma et l'herbe râpée devant le kiosque était la place de la reine. Le kiosque vendait les billets au milieu des journaux, des cigarettes, des coupons de loterie et des sachets d'amandes salées. Echappée à la vigilance de ses soeurs, une erinye disposait des figues confites sur un tabouret concave, une chèvre attachée à la grille de l'entrée. Et le film prenait soudain sa place dans la partition désordonnée du jardin sans que le silence ne fasse partie du contrat passé avec le ciel. Le côté pittoresque de la situation nous échappait mais pas les premières images de l'héroïne ralenties par la prise gélatineuse du générique. Nous étions tellement surpris de l'envol crachoté du son de sa voix grave que j'en oubliais de tenir au sol. Elle aurait pu s'asseoir au bord de la toile et balancer ses chevilles sous l'amandier pour nous amener la rejoindre, elle aurait pu tendre les bras et jongler avec nos coquilles de noix pour laisser cette histoire de si peu d'épaisseur faire un abri à nos vies.
Poser un toit sur ces émotions n'a jamais rien changé à leurs éclaboussures.

Sortie mercredi prochain à Paris avec une mauvaise traduction, à Taiwan aussi ( source JodieFoster.nu) et ailleurs sous les étoiles.
14:05 | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : the brave one, jodie foster
04.09.2007
Relations cryptées

La dernière fois, j'ai mis trois ans à la retrouver.
Mes réserves d'ingéniosité se renforcent au vibrato continu de l'attente; le déploiement saccadé, par bribes, d'un raisonnement abandonné aux énigmes qu'elle s'emploie à me soumettre. Me soumettre. Si je tais mes questions, c'est pour entendre le tambour intime et minimaliste des combinaisons de son désir si mathématique. Pour retrouver sa trace , je dois casser un code et toutes les stratégies pour le briser sont bonnes à prendre. Mais le chemin à emprunter est vaste comme un horizon et ne se trouve pas dans les pages « actualité » de nos usages quotidiens.
Tout a commencé il y a dix ans par l'emploi d'un brouilleur, épave des ressorts tactiques de la guerre exhumée sur un marché aux puces, cet étrange rotor qui a pour effet de troubler la surface des signifiants comme on brouille un reflet dans l'eau. A sa manipulation, une drôle d'envie a surgi entre nous ( cette délicate orfèvrerie avait-elle vraiment pu être anesthésiée par le ronron de notre vie amoureuse ?) et s'est instantanément incarnée dans la mécanique fantôme. Un soir, le cliquetis des connexions du brouilleur a incisé le silence de la chambre. CLIC. Brouillage. CLIC. A une lettre elle a associé une autre, à une paire une autre paire: ainsi A et C devenaient D et F (la tête me tourne, avec 3 brouilleurs, ça donne 26*26*26, soit 17 576 échanges de lettres possibles avant de revenir au prologue), puis elle a codé tout un passage amoureux murmuré simultanément à ma peau et, à ce moment, nous avons visiblement passé un cran dans notre relation. DRCG FCXD ERTHN JUOYT RNURS NGXWS MRSDQ DNTXI IXXGI « Cette série de permutations, il faudrait la retenir comme invariable à cette part agitée de mes songes pour toi. Peux-tu y arriver ? », sa main vibrait au-dessus de ma hanche comme un sismographe et je n’ai pas correctement appréhendé son tempo ni le ton de cette mise en garde. Trop tard! Un mois après, la pluie faisait des cercles en transparence sur le relief d’une série de chiffres abandonnés sur la table du jardin et il a bien fallu s’en servir pour savoir où elle était partie. Corfou, Haddington road, Via Carrare, Antinea Island porte des océans ? Partie de l’autre côté du code en me laissant la clé. J'ai appris le premier principe de cryptographie: tout réside dans la clé secrète de chiffrement (donc de déchiffrement) et c'est l'unique secret qu'elle m'accorde par nos temps qui courent . Cet alphabet mis en vrac domestique mon élan de fauve et elle sait régler mon pas très simplement sur la difficulté qui lui convient.
J’inspecte le cryptogramme comme il se présente dans ma boite Hotmail au hasard d’un matin. Par défaut je teste toutes les combinaisons connues à grand renfort de déductions avant de demander de l'aide sur les forums où la logique est un vice. Dans l’intervalle (incalculable) ma vie n’est pas posée sur un cintre ! mon lit a le parfum chaud de l’herbe moissonnée aux tendresses des autres, mes journées sont des montages aux coffrages imposés. Le soir, la ville, protubérante, m’offre des distractions un peu vulgaires qu’on repère par des enseignes. Et dans les trouées de partout, à la lueur d’une clarté intermittente, euphorique,
je te cherche.
12:40 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : signes, machine
22.08.2007
Le chronodeur, tendre moraine

Métal chauffé, harnachement du téléphérique 4%
Roche liquide, respiration plus froide que l'acier 15%
Eau de vie de sureau 3%
Parfum d'étoile de la neige d'été 10%
Apreté de la moraine, éboulis de pensées sentimentales 17%
Acidité des crosses de fougères 6%
Résine, empulpée sur les doigts (en redescente, perturbation canadienne) 5%
Brume mélangée à la moisissure du sous-bois 8%
Vert aigu de la mousse adouci par une lourdeur terreuse 6%
Parfum de la peau mélangée à l'humidité de la brume (désirable) 11%
Amertume florale des digitales sous la pluie (fugace) 1%
Feuilles broyées des framboisiers sauvages (gourmandise) 2%
Boisé de la sciure, reminiscence d'un instant oublié 3%
Minéralité d'une pierre ronde arrachée au torrent 4%
Cercle fumé des braises du refuge 5%
14:45 | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : structures
11.07.2007
bravitude

La soufrière a libéré ses fumerolles à l’arrière plan de l’image et les concrétions immobilisent le moment de l’explosion. Autour d’elle, un ravage à température ambiante, les joues écorchées, la tête remplie de cailloux au rebond, une seule couleur partout : tous les ocres fondus en un. (G)rugissement à une lettre près. Putain de Central Park (mettons que ce soit ça), downtown sous le metro aérien (autre exemple qui va), le marché bâtard de la bowery: un pied dans le volcan, l’autre dans un souvenir. Un gisement vient de péter dans le gobelet du mec assis sur le banc. Debout sur le banc. Couché dans le soufre. Elle respire la vapeur sulfurée de son acte, ça pique les yeux ces relents d’effroi soluble. Ses cheveux sentent l’allumette à travers l’affiche, mais l’affiche refroidit et le soufre devient jaune citron comme le gilet du producteur exécutif. A la fin, la scène du drame est vide. Il ne reste qu’une femme et du papier.
Première affiche du film: sortie à la rentrée.
Bonnes vacances !
14:40 | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : Jodie foster, the brave one
03.07.2007
Devoirs oulipiens de vacances
Comme mon avatar vit dans un monde de mots, je me demandais si je pouvais écrire une histoire avec les lettres de son nom*. Sacha Cythere. Un joli nom, brodé au revers de ma réalité, mais difficile à pratiquer lexicalement. SACHYTER. RETYHCAS. Trois voyelles et cinq consonnes, c’est maigre pour écrire une histoire. Par exemple je ne peux pas écrire une histoire basque, manque le X. Pire, je ne peux pas dire JE, ni TU. Ni ELLE. Impensable. Pourtant comme dans tous les jeux, la contrainte procure tout à trac... du plaisir.
Ce sac y est ? Sache y caser ce chat. Terre ! Ah ?
Coriace. Un vrai bondage fictionnel qui peut aussi fonctionner dans l'autres sens: écrire SANS les lettres qui y figurent (un octo-lipogramme* en s,a,c,h,y,t,e,r) et s'approprier un peu plus de la moitié de l'alphabet. S'imaginer y gagner en souplesse et découvrir que ça s'avère plus difficile que prévu, car A et E règnent en maîtresses dans les coulisses du monde des mots.
Je vise plus simple. Ma contrainte oulipienne du jour est serrée juste ce qu'il faut pour qu'elle me donne l'impression de souffler sur les braises d'un feu étouffé. Bien proportionnée, pas de démesure avant l’été, mais un peu cabotine quand même. Démarrer chaque mot par une lettre du nom de mon avatar dans une alternance raisonnée en formation pyramidale librement organisée. En faire une déclaration. Pour corser, je dois écrire dans un lieu qui ne soit pas immobile ( train, avion, ferry, ascenseur, tapis roulant etc.). Mais ça, c'est subsidiaire. A chacune ses petites manies.
AAAAAAAA (x8)
CCCCCCC (x7)
EEEEEE (x6)
SSSSS (x5)
TTTT (x4)
RRR (x3)
HH (x2)
Y (x1)
l'Express Skopelitis relie Athènes à Schinoussa en changeant, chaque semaine, sa route. Chaque étape traduit cette confrontation amoureuse avec toi. Aventure hasardeuse, simulacre aux yeux étrangers, ce transport Egéien est, comme toi, réticent à accepter l'Habitude.
Bien sur comme c’est bientôt les vacances, ne pas prendre l'exercice au pied de la lettre.
* Voir par exemple Georges Perec et la fameuse contrainte du lipogramme en E de "la disparition" ( un lipogramme est un texte interdisant une ou plusieurs lettres)
13:00 | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : oulipo
16.06.2007
Irrévérencieuse
" CASSE DU SIECLE chez les diamantaires d'Anvers: un aimable retraité a délesté la banque des diamantaires de 24 kilos de diamants, sans effraction et après un long travail d'approche. Un coup de maitre à 120 000 carats dont l'auteur s'est volatilisé depuis trois semaines" Libération 27 mars 2007
Je vous le donne en mille: L. n'existe pas.
Appelez-moi Lena, Livia.... Appelez-moi comme vous vous voudrez. La bande passante du temps a effacé mon identité pour laisser place à une dame très présentable à l'accent britannique. A votre oreille compatissante, je viens des antipodes pour finir mes jours à Anvers, de ces carrières sud-africaines aux ciels brisés et renversés dans la boue. Mes valises sont pleines d’étincelles, mais pas celles que les banquiers imaginent. Je viens de nulle part: cet endroit louche où naissent les idées avant de devenir des marchandises précieuses cotées en marge des institutions. Alors retenez une seule chose de moi,
l'irrévérence.
Pendant dix-huit mois, j'arriverai chaque jour dans votre banque à onze heures du matin, et la rétine numérique de surveillance se souviendra d'une silhouette au fusain, impassibilité d'un tailleur gris assorti au portique de sécurité, lunettes masquant un sourire à demi. Aucun style, aucun caractère, mon profil sera morne et cette platitude un acide qui corrompt la méfiance. Je ferai le même parcours tous les jours à seize heures, car les équipes des banques permutent aussi sûrement que les astres. La rue Pelikaan gardera en mémoire la synchronie de mes pas et répètera cette danse quotidienne comme un partenaire de ballet invisible, soixante-huit secondes de l'échoppe où l'on vend du sexe à la gargote de Jonas, changer de trottoir deux fois dont une fois en face de la gare centrale. Applaudissements. Prenez le temps de me regarder disparaître, absorbée par vos habitudes si réceptives, si pénétrables, glacis de mes journées depuis dix mois. J'ai la capacité de m'affadir avec une violence toute soporifique. Ca y est, je suis presque assimilée, je suis la contre-porte blasonnée, la cloison garantissant l’étanchéité des tâches, inspirez, le battant cuirassé des valeurs fiduciaires et la respiration étouffée des coffres. Bientôt, je serai le sourire de votre collègue de l’avant-poste, celle qui aime les pralines et lit les annonces de rencontres de la gazette d'Anvers, puis, enfin, la main du caissier tenant la masterkey. La manipulation demande un cœur d'horloger, le reste est une affaire de fascination digne du mauvais théâtre.
Un matin, le plus oublieux d'entre vous cèdera la prise que je cherche pour me hisser en haut de la montagne forte et je me réveillerai avec ce désir haletant de vivre. J'échangerai les diamants contre une identité frontalière à mon rêve. Celle d'une femme à qui tu donneras un nouveau nom, la seule véritable issue de ma fausse existence.
10:45 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : diamants
07.06.2007
Artemis armée

(source Jodiefoster.nu, merci à Henrik)
22:10 | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : Jodie Foster, the brave one


