10.02.2007
Triple Vie
Ce matin, mon avatar était réveillé avant moi. Généralement [elle] fait le café pour que son parfum se diffuse dans ma chambre via le cyberolf. Ma chambre est traversée par les ondes de ma box. Ma box est intégrée dans mon bracelet de cheville. L'arome de l’arabica se répand dans l’air et, si je pose le transducteur sur mes lèvres, il est capable de le communiquer aux capteurs de ma langue. Je perçois alors le goût du café avec les nuances du dosage qu’[elle]a pré-calculé. Pas si mal. Depuis la version upgradée de Second Life lancée dans les années 2010, le cyberolf s’accompagne du cybertast qui, avec le soutien de la biotechno , a permis d'affiner la perception des sensations. La barrière physique perd en consistance, il est possible de sentir un soleil de printemps. Tant mieux. Je gagne ma vie ici dans Third Life, je suis guide pour femmes. Mon avatar est parfait: [elle] est tout ce que je ne suis pas dans la vie réelle mais c'est à peine si je m'en souviens. Ici je ne me préocupe plus que des nécessités organiques, ma vie est ailleurs et, bien plus qu'une victoire, c'est une revanche. Je me vis enfin telle que je sais que je suis: plutôt jolie, sociable, solide, indépendante. Je gagne très bien ma vie en organisant des rencontres avec les avatars des actrices de TLW , le soir j'emmène mes clientes dans les quartiers gay ou dans des soirées privées. Mon agenda, géré par l'IA de google, est complet pour les six prochains mois. J'ai aussi rencontré une femme, mais elle est mariée. Enfin, dans la vie réelle, elle est célibataire. Peut-être a-t-elle quinze ans de moins que moi? Peut-être vit-elle dans le même immeuble que moi ? Ici, elle habite la maison rouge au ponton caressé par les vagues. Elle vit avec l'avatar de sa compagne, qu'elle a épousé il y aun an. Nous nous voyons seulement sur la plage chaque début d'après-midi. Je rêve de ses bras. Si la biotechno tient ses promesses, à la prochaine mise à jour du programme, je pourrais peut-être la toucher.00:00 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : second life, avatar
05.02.2007
Ailes au repos

00:00 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Jodie Foster
02.02.2007
Minutes brûlées
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28.01.2007
Un coquillage dans le jeu
J'aime bien la manière dont vous jouez. Un coude posé sur le tapis et en suivant l’articulation de l’avant- bras, une cigarette. L’autre main fait glisser un jeton avec une lenteur contrariée par un appel pressant. Vos mains appartiennent à un vertige
segmenté par des unités numéraires, dont l'énergie centrale est une bille. Elle tiendrait dans votre paume si celle-ci n'était pas maintenant renversée sur la table. Retournée. Comme un coquillage. Pâle mais involontairement nacré par les lumières de la salle de jeu, pigmenté par le ressac du temps, adouci par des caresses en institut . L’espace contrôlé du tapis est devenu le vôtre mais j’ai l’endurance nécessaire pour profiter du spectacle. Des fois même, je participe. Ne me regardez pas étonnée, je joue toujours le 9 après le 3. C'est comme ça, c'est une question de principe. C’est comme répondre au sphinx quand il pose une question pour éviter que le monde ne s'écroule. Vous auriez peut être ri de bon cœur si la bille n'avait pas hypnotisé cet élan. Ce lieu sape minutieusement le plaisir alors qu'il se vante du contraire. Ce n'est plus un de ces palaces flottants qui font rêver par leur faste (ou mieux leur exotisme), c'est juste une maison bourgeoise qui l'a perdu et qui se tient désormais aux antipodes du royaume imaginaire. Dans cet autre royaume, les coquillages racontent encore des histoires de marin, répétées à l'infini par le vent et collectées éternellement par les adultes en mémoire de leur enfance. J'aime bien la manière dont vous jouez, mais derrière le casino, il y a toujours le bruit de la mer qui joue une note plus haut.
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20.01.2007
Vuelva la luz
« Certains espèrent décrocher la lune, d'autres accrochent le soleil...un miroir géant perché à 1100 mètres d'altitude inonde la place du village de Viganella de la lumière solaire qui lui fait défaut chaque hiver, 83 jours par an » Libération 11 Janvier 2007
Je fais partie de celles qui ont quitté le village: je ne voulais pas ressembler aux « anciens » qui vivent reclus à l'ombre des horloges. J'ai rejoint mes enfants dans la vallée, les montagnes ne figuraient plus qu'à l'arrière plan de mon décor, comme une ligne de flottaison tracée par ma mémoire. Malgré tous leurs efforts, je me sens exilée. Ma mère a élévé ses enfants là-bas, dans la maison de ma grand-mère, aux fondations construites au moyen-age par les premières familles qui ont vécues des mines de fer de l'Ogaggia. Sans lumière. Dans la gueule de la montagne, avec pour seule ligne de fuite le torrent. Hiver après hiver, tous nos enfants ont fui l'encaissement de cette vie d'un âge révolu. Entrainant une part de notre histoire dans cette échappée. Nos petits-enfants, ces merveilles, ne savent pas reconnaître les teintes annonciatrices d'un orage!
Comme beaucoup, j'ai suivi les lacets du torrent dans la voiture de mon fils pour revenir ici, regarder Pierfranco, notre maire, organiser sa prouesse, la capture du soleil. Un miroir articulé, plusieurs couches d'acier, quelques dizaines de mètres carrés de surface réfléchissante posés par hélicoptère sur le piton où les vaches ignoraient l'existence du monde. Comment certains hommes gagnent-ils cette conviction supplémentaire qui leur permet de gravir leur rêve? Ou bien quelque chose nous fait-il défaut à nous autres?
Grâce au miroir, c'est la première fois que le soleil d'hiver touche la place du village. Nous sommes tous rassemblés, incrédules. Quelle étrangeté, cette lumière sans chaleur! Comme si se rouler dans la neige prenait la consistance d'une embrassade dans un champ de fleurs de coton. Mais ce n'est pas cet exploit qui retient mon souffle maintenant , immobile, au milieu des amis et des curieux. La lumière effleure le clocher, puis la fontaine de la place de l'église. Personne n'avait imaginé que le rayon allait atterrir sur les fenêtres d'une maison privée. Et abandonnée. Celle de l'institutrice. Sa maison ou notre maison? Non, ce n'était pas notre maison ou alors seulement en rêve, dans l'enceinte de nos doigts croisés sur la couverture lorsque nous nous allongions au milieu des herbes derrière le lavoir. Ses bras tendus dans le sens de la pente, elle souriait à l'envers. Ses cheveux déroulés comme des rigoles au dégel. L'ombre de la montagne n'a pas abrité longtemps ces moments. Mais j'ai toujours cru qu'elle m'indiquerait la route, qu'elle dessinerait le drapé sombre mais juste des années à venir.
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19.01.2007
Notre charte ?
La charte, tracée par Alice au feutre noir sur un mur de son bureau, raturée au fil des épisodes et des tendres voyages, déchirée, embrassée, parfois déteinte par les larmes, vient d'être décrochée et rangée dans les cartons du grenier d'Ilène. Adieu à l'encre sur les doigts. Adieu aux corps plaqués contre les feuillets plaqués contre le mur plaqué dans l'arrière-cour de notre imaginaire. Pourquoi ? Parce que, comme beaucoup, la charte a désormais un avatar. On s'y tromperait: l'avatar de la charte ressemble trait pour trait à la charte, mais sa dématérialisation décuple sa puissance. Reliftée, renovée, repulpée, colorisée pour vous (nous) plaire, pour vous (nous) rassembler. Car les super-pouvoirs du virtuel lui permettent de s'extraire de sa fonction narrative pour être une entité du réel . Et la subtilité est ici: l'avatar de la charte existe à la fois dans la fiction et dans le pan virtuel de la réalité. Qui est lui-même tout à fait concret.
L'avatar de la charte s'est auto-proclamé Notre charte.
L'avatar de la charte a aussi des ambitions, prioritairement celle d'être la première vision structuraliste du monde lesbien à échelle planètaire. Ce qui n'est pas rien. Si Ilène duplique cette structure, c'est qu'elle a l'idée ( plus ou moins souterraine) d'identifier un réseau. Je veux croire à la sincérité de ses motivations, comme celle de donner l'impulsion de quelque chose. Ce super schéma, basé initialement sur l'ingénieuse théorie des six degrés de séparation ( grossièrement: nous sommes tous reliés par six personnes/ en identifiant cette chaine, il est possible de rencontrer n'importe qui) , a évolué depuis qu'il a été lancé par Guinevere avec cet éclat de rire qui la caractérise. La charte reliait des femmes sur le critère du sexe par pur ressort narratif (je suis heureuse d'apprendre que Shane a couché avec plus de mille femmes et je cède au plaisir de l'idée mais cette information aurait plutôt tendance, en pratique, à me faire fuir ), l'avatar de la charte semble vouloir les relier sur un critère d'affinités. Alors quoi ? Liens amicaux... cérébraux, sentimentaux, amoureux ? La charte dessinait ces liens temporellement, l'avatar de la charte voudrait aussi les tisser géographiquement sans s'imposer de barrière linguistique. L'avatar de la charte serait-il donc plus généreux que son double de fiction? En tout cas, son amplitude réclame votre participation sur la base du donnant-donnant.
Accepter d'avoir un fil à la patte. Pour se sentir la partie d'un tout. Le dessin d'une galaxie au-dessus de nos vies. TLW S4 E1
00:00 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : our chart, l-word, ilene chaiken
14.01.2007
Andrea planetaire
Cent mètres carrés d'une blancheur connotée et un canapé découpé au cutter au centre de la pièce. A Paris, l'espace donne lieu à des exhibitions. Je suis assise dans le salon (sic) de travail à l'écart. La résonnance des pas fait partie du show. Une fleur entre et s'excuse d'appartenir à cet espace réservé et de m'y avoir invitée. Pourtant Andrea, c'est toi qui m'intimide. Des paroles comme un volcan et le tamis de ton intelligence pour rester accessible à ceux qui rémunèrent ton temps à la minute comptée.Il ne faut pas être trop over-promising : au-dessus de ta tête ce slogan barbare qui fait dans la complaisance post-pubeuse. Mais celui-ci ce n’est pas toi qui l’a inventé ! Tes mots sont des unités plus sauvages que tu vends à la parcelle. Tu transformes chaque objet en une symbolique purifiée parfaitement adaptée au village-monde. Tu transformes la possession en un partage doucereux, l’acte d’achat en un chant indien autour d'un feu de bois, en un capteur d'énergie, en un totem nord-sud, tu déploies l'ossature parfaite des envies planétaires!
Notre point commun n’est pas de savoir raconter des histoires mais de savoir que chacun désire, un jour ou l’autre, qu’on lui en raconte une. Avec un supplément d'espoir je me plais à imaginer ta reconversion hors de la pub. Trop de blanc ici. Ton regard glisse sur mes bottes, mon pantalon noir, mon chemisier noir. Aucune marque de tes fréquentations pour accrocher et interrompre cette glissade discrète. Je dois avoir l'air d'une femme sortie desMen in black. Avec les souvenirs en plus. D'ailleurs c'est pour ça que tu es décidée à me payer: pour être invisible, dans l'ombre de tes mots et te faire signe à l'instant même où leur association fonctionne. Contrairement à toi, communiquer n’est pas facile pour moi mais je suis probablement cette interprète dont tu as besoin. Ce calque permanent, ça me fait vivre, aux entournures ça m'empêche de vivre.
Clic-clac en fondu digital. Le Mac à ta droite communique à son tour, IA en devenir, en émettant un signifiant sonore qui t'es destiné. Tu hoches la tête (vers lui) en (me) souriant. Jolie chaîne de communication non verbale, vision à peine futuriste. Andrea, ton obsession de la communication est devenue une invention vivante et tu sais combien ça m’impressionne, mais je suis équipée pour résister aux toxines de ta capacité naturelle de persuasion. Mes défenses immunitaires tournent maintenant à plein régime pour m’injecter en temps réel un contrepoison mental.
Car, dans le fond, je sais que tu es prête à engendrer des disciples. Et refuse d’en faire partie.
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07.01.2007
En sommeil archipel
En regardant le plafond détoilé, cette nuit d'hiver me sourit. J'avais oublié que je dormais déjà. Son sourire ressemble à un pli au milieu de nulle part. Comme tu n'es pas là, je sais que c'est une feinte. Une galaxie de stuc posée en équilibre sur une feutrine recyclée à la roue des nuits. 250 kilos minima de matériel imaginaire pour meubler le décor d'une place vide dans les draps. Reste un job de titan avant minuit. Le montage de l'avant-scène de mon sommeil est un travail éclectique: je construis des épaves sans serrures qui finiront démurées par les cahots du désir.
Cette nuit, c'est une chance, sur l’oreiller où tu posais ta joue j'ai trouvé l'entrée de ta ville. Ne dis pas non, je l'ai reconnu à travers le soupirail de ma fatigue. Tu me la décris depuis si longtemps, à force de patience j'aurais fini par la trouver. En passant le bras, je pourrais presque me saisir du drapeau de la grande roue qui domine la fête foraine. Un bandeau d'émail soufflé par tes conquêtes sur la douleur qui recompose le profil d'une vie en parcelles de bitume. Inexprimable ailleurs. Ici, c’est différent, par la grille du sommeil et vu de haut, il n' y a pas de frontières, pas de panneau indicateur, la lumière trace des routes joyeuses, et barricade tes itinéraires ratés, refuse les raccourcis. Tu n'es pas faite pour les arrangements, même spatiaux, même en rêve, même absente.
Cette nuit je cède à ce décor impossible pour une bonne raison : je suis là pour le rêver à ta place. Laisse-moi m'arrêter ici, entre deux draps, entre cette banderole que tu as oublié en partant et la voie ferrée, je veux poser sur l'enceinte de ton inconscient mon espoir comme un ornement.
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23.12.2006
Le cytheriseur de texte antique
Pour amatrices(teurs) de la poésie d'Homère, uniquement.
Je ne sais pas ce qui s'est passé dit Pénélope, Circé m'est revenue à la place d'Ulysse.
« Pénélope: Ulysse, excuse-moi!..mais toujours je l'ai connue la plus énigmatique des femmes! Nous comblant de chagrins, les dieux n'ont pas voulu nous laisser l'une à l'autre à jouir du bel âge et parvenir ensemble au seuil de la vieillesse! Mais aujourd'hui elle est ici, pardonne Circé et sois sans amertume si, du premier abord, je ne t'ai rien révélé! Dans le fond de mon coeur, veillait toujours la crainte qu'une autre femme ne me vînt abuser par ses contes; il est tant de fâcheuses qui ne songent qu'aux ruses! Ah la fille de Zeus, Hélène l'Argienne, n'eût pas donné son lit à la femme de là-bas, si elle eut soupçonné que les fils d'Achaie, comme d'autres Arès, s'en iraient la reprendre , la rendre à son foyer, au pays de ses pères; mais un dieu la poussa vers cette oeuvre de honte! Son coeur auparavant n'avait pas résolu cette faute maudite, qui fut, pour nous aussi, cause de tant de maux! Mais tu m'as convaincue! La preuve est sans réplique! tel est bien notre lit! En dehors de nous deux, il n'est à le reconnaître que la seule Aktoris, celle des chambrières, que, pour venir ici, mon père me donna. C'est elle qui gardait secrète l'entrée de notre chambre aux épaisses murailles...Tu vois: mon coeur se rend, quelque cruel qu'il soit! Mais Circé, à ces mots, prise d'un plus vif besoin de sangloter, pleurait. Elle tenait dans ses bras la femme de son coeur, son amie la plus ancienne! Elle est douce, la terre, aux voeux des naufragés, dont Poseidon en mer, sous l'assaut de la vague et du vent, a brisé le solide navire: ils sont là, quelques-uns qui, nageant vers la terre, émergent de l'écume;tout leur corps est plaqué de salure marine; bonheur! Ils prennent pied!ils ont fui le désastre!...La vue de son ancienne amie lui semblait aussi douce: ses bras blancs ne pouvaient s'arracher à ce cou. L'Aurore aux doigts de roses les eût trouvés pleurantes, sans l'idée qu'Athena, la déesse aux yeux pers, eut d'allonger la nuit qui recouvrait le monde: elle retint l'Aurore aux bords de l'Océan, près de son trône d'or, en lui faisant défense de mettre sous le joug pour éclairer les hommes, ses rapides chevaux Lampos et Phaéton, les poulains de l'Aurore. »
Pour le texte , Homère, Odyssée XXIII
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20.12.2006
Approche fractale du désir
Il paraît que des fractales sont observables dans la nature. Un jour, en Cornouailles, j'ai vu un théâtre construit à ciel ouvert devant le miroir froissé de la mer. On y jouait Shakespeare au printemps. Ce théâtre méchamment embrassé par le vent contenait presque tous les désirs de ma vie de jeune femme. Ils étaient infinis dans un espace fini, leur tracé était irrégulier, hésitant mais promettait des tas d'aventures. Cette journée de novembre, je ne savais pas encore que cette insatiété n'allait pas varier quel que soit le changement d'échelle. Les nuages, la ligne de côte, les fougères, mes vaisseaux sanguins: tout pouvait reproduire une idée des turbulences.
En regardant à l'ouest, j'étais à la limite de l'ivresse des départs. Des routes submersibles, des ports à étage, un irish cob noir et blanc et des odeurs de cuisine, puis des filles qui ne parlent que l'anglais (il suffisait de sourire). Le sud promettait d'autres théatres, une salle à colonnes où l'on peut dévider sans fin son rêve dans une fontaine octogonale de mots. Le silence contemplatif du megaron de la reine opposé au rire d'Andreas le moins discret qui soit ( même au coeur de la plaka). A l'est, les marches étaient disjointes, herbeuses et les bancs de pierre s'effondraient sur eux-mêmes comme si le temps était passé plus vite. Toutes les brisures du jour présent.
En regardant au nord, je ne me souviens plus, j'attendais peut-être de te voir?
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13.12.2006
Un coeur forgé
« Des nanotubes de carbone découverts dans une épée de Damas » Nature et Le Monde 21/11/06 « Selon la légende, les épées de Damas pouvaient couper en deux un mouchoir de soie flottant dans le vent »
La légende est une usurpatrice, et mon épée a conquis une renommée bien différente de celle qui pourrait finalement l'honorer. Dans les chants répétés autour des âtres, on parle de cette arme comme d'une femme dont les caresses inspirent le repentir. Tous les noms de déesses guerrières lui ont été donnés, mais elle pourrait heurter votre conception des armes forgées. Car si son façonnage est unique, c'est pour une raison qui dépasse l'entendement de nos maîtres: sa lame n'a pas été faite pour blesser. Derrière le tranchant redouté de son acier importé d'Orient, s'abrite un secret que je transmettrai à celle qui soumettra mon coeur.
Un maitre forgeron sur un rivage de Perse a changé ma vie en tentant de sauver la sienne. Cet homme m'avait offert l'hospitalité près du puits qui alimentait sa forge. Il travailla pendant 10 jours et 10 nuits sur une épée aux reflets moirés. La dernière nuit, je me suis glissée parmi les ombres de l'atelier pour l'observer. Voilà ce que j'entrevis: sous la couche d'acier et de carbone, dans une minuscule forme tubulaire, il y avait enfermé un amour dévorant. Il avait imaginé le seul réceptable où déposer ce feu dont les stigmates le rendaient fou. Le métal contenait ce battement permanent: impossible à taire, impossible à stopper, impossible à adoucir. J'ai eu pitié de lui et j'ai emmené l'épée.
Je ne sais pas si c'est une chance ou un fardeau, je ne me pose pas la question. Mais contrairement à ceux qui me payent pour tuer, je ne suis pas dupe. Je sais que la possession cette épée n’a réellement qu’une seule finalité, que je n'aurais de cesse de remplir : pouvoir la déposer un jour aux pieds de ma reine.
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