04.11.2009
Catimiracles
Le catimiracle est un étonnement solitaire.
Imprévu et intériorisé, il n’est pas nécessairement lié à un plaisir même s'il est plutôt positif. Il rappelle qu'il existe des similitudes sous la surface ébahie de certains moments. L'étonnement passe, la structure s'enracine.
Je suppose qu’on pourrait en faire une taxinomie personnelle -catimiracle des sens, de l’enfance, du langage, des hôtels, de l'attente, d'un amour.
Trouver le mot qui porte la phrase aux nues , après avoir barboté longtemps.
En forêt, prendre une feuille pour un cèpe ( et réciproquement).
Capter le regard de compassion d’un inconnu à un autre en plein embarras, ou à Châtelet les Halles station orgiaque.
Capter le regard d'un nageur sous l'eau.
Une caresse soudain débarrassée des promesses encombrantes du langage.
Un mot soudain débarrassé des promesses encombrantes du corps.
Elucider la légende d’un dessin d’école, elle dit « jeux de musclement ».
Se souvenir par ricochet des sens. Le nom d'une ville grâce à un chant, d’un fleuve grâce à un parfum ( en faire une expérience: le Tage, Ph neutre). Se souvenir d'un plaisir grâce à une douleur.
Se souvenir par procuration (grâce à lui, particulierement aujourd'hui). Le bassin d’Arcachon avant guerre.
Rougir d’une ingénuité ( de préférence celle d’une femme). Réaliser que l’on rêve en rêve.
Toute bienveillance qui vient surprendre et mordre un trop long moment de solitude.
18:10 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : structures
08.10.2009
Poème de RER*
Un poème de RER est un récit court qui s'écrit durant un trajet de RER (hors corrections) et doit contenir au moins un palindrome. Pour le reste, chacun fait bien ce qu'il veut.
Ce matin, la figure qui domine le wagon est un homme sec au col de veston relevé sur un sourire satisfait inséparable de l'expression de son visage. Tous ses covoituriers semblent se poser obliquement la même question.
D'où lui vient cet irritant et misérable triomphe?
Sans le connaître, nous nous méfions déjà de lui. Son air n'appartient pas à la routine d'un trajet qui éventre les heures et laisse leurs coquilles vides le long des voies ferrées. Sa figure offre plutôt le spectacle ambigu d'un état de béatitude propre à certaines révélations telles qu'on peut les voir dans les peintures de la Renaissance. A quoi peut-il penser ? Peut-être est-il simplement habité par le plaisir de l'itinérance : hier j'étais à Rome et ce matin ici dans le train qui roule vers Paris. Son corps, en contraste, semble trop tendu, maintenu en avant par le corset invisible du mouvement de la machine. Le sourire est ailleurs mais le corps résiste, il sait qu’il est en prise avec la médiocrité d’un espace bruyant et confiné, en position centrale, visé par la répétition hostile des gestes et des regards. Le sourire lui s’évade à l’intérieur, inaccessible et fuyant. Le sourire n’est pas adressé ( c'est une lettre sans adresse), et cette attention manquante suscite beaucoup d’intérêt. Finalement la scène faiblit d’elle même, il ne se passe plus rien. Tout le monde se détourne juste au moment où survient un catimiracle ( un miracle en catimini). Il attrape un téléphone dans une sacoche repliée derrière son dos comme un appendice, et dit cette fois très sérieusement:
« Il n'y a pas grand monde sur la Macédoine. Je répète. Il n'y a pas grand monde sur la Macédoine. »
Au-delà de toute intention de communication, la véritable magie des mots opère vraiment par surprise, elle ne s’encombre pas de son contexte d’ énonciation, elle déferle à l’improviste dans la conversation comme une vague en recouvre une autre, elle s’exerce sans instruments, souvent sans réponse et parfois sans auditoire.
* Le poème de metro est un texte sous contrainte inventé par L’OuLiPo . Normalement le poème compte autant de vers que le voyage compte de stations de metro moins une. Il ne faut pas transcrire quand la rame est en marche. Il ne faut pas composer quand la rame est arrêtée ( là amusez-vous).Le poème de RER est une version banlieusarde du poème de metro.
22:07 | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : oulipo
24.04.2009
On a le temps
Dans la châtaigneraie, nous avons le temps, presque tout le temps qu'il est possible de perdre sans avoir de doublure. C'est profondément terrien, relaxant, sans interprétation. En somme parfaitement thérapeutique. Le temps de voir une saison se mélanger à une autre comme une succession de pochoirs sur la peau changeante de la montagne. Un peu plus tôt, le temps de boire son café au chant du coq en réglant le regard sur le lointain (instrument à la peine ou mauvais réglages ? je souris de cet effort entier mais inutile) . Le temps de suivre le ruisseau détourné qui, dirait-on, flotte au dessus de son lit et n'est plus que le fantôme de lui-même, avaleur de contreforts et d'histoires de bergers. Le temps d'emprunter les anciens chemins de contrebande, savamment recyclés pour les marcheurs, dont le dénivelé est fait pour étourdir, la sinuosité pour perdre. Lorsque la lumière, subtile, décline imperceptiblement entre les arbres, il semble que la nature se mette à parler avec elle-même et que ce dialogue fait de bruits nous pousse gentiment dehors. On a le temps de rentrer! Et là une phrase de Borges refait surface : «sur le cadran solaire d'un jardin anglais est écrit: it's later than you think..il est plus tard que vous ne pensez...et l'on sent comme une légère menace non? » car si vous avez tout le temps, vous êtes en retard sur l’instant, vous l'avez déjà laissé filer. Même ici, ingérence des mots dans mon lâcher prise.
21:07 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : temporalité
18.02.2009
Objet amoureux
La brique qu'elle lance fait irruption dans mon espace brisant quelque chose au passage ( ma rêverie, ma conversation, mon moment, mon écriture etc.) et prend la forme d'un pan de réalité brute, étranger, presque obscène qui a chuté et se tient maintenant là ( dans ma rêverie, ma conversation, mon moment etc.). Par cette action très directe ( telle joie, telle peine) elle, l'amoureuse, rappelle qu'elle existe ici aussi et que son improvisation ( n'importe quel « jeté de cube ») est un moyen d'entrer en relation .
(1) D'abord je nie l'existence du cube: il va repartir aussi vite qu'il est venu puisqu'il me gène. Il fait obstruction à mon désir égoïste ( d'être seule, d'être obtuse, d'être ailleurs, de mystifier etc.) et je l'ignore comme une requête incertaine et préfère mettre son appel en sourdine ( je manque d'empathie ). (2) Quand je réalise enfin qu'il est là, l'objet amoureux, et que mon univers manque d'étanchéité (pardi, puisque j'aime), tout change, tout prend une autre direction ( une autre signification) qui reste pourtant impénétrable à cet instant (3) Je m'interroge sur les moyens d'intégrer (de faire disparaître) le cube : l'englober (pudiquement) ou le renvoyer (lâchement) à son expéditrice alors que je devrais plutôt m'interroger sur les raisons de son existence entre elle et moi .(4) Curieusement, lorsque je renonce à vouloir détruire le cube ( je le considère), il disparaît.
19:58 | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : barthes
25.01.2009
Astrabèle
Elle avait parfois l'impression d'abandonner la recette apprise de sa mère comme le crustacé change de coquille pour trouver plus d'ampleur et fuir la mollesse d'une constitution. Car en dépit de la force gravitatoire de la tradition familiale, elle s’arrache en cherchant une autre forme de goût, celle qui jubile en donnant une meilleure place à l'improvisation, celle qui sensualise en invitant à reconnaître les balises charnelles qui ont encouragé ses gestes. Bizarrement, en ce matin d'hiver juste bon à écosser les fèves, la cuisine est une roche chaude, floquée d'astéroïdes vivants de l'eau de mer, agrippés aux parois et secoués en dessous par les courants venus du large, et le coquillage qui se nomme oreille de venus sur les îles éoliennes laisse filtrer jusqu' à mon fauteuil un éboulis de sons: le bruit sec des ustensiles, des voix et de l'eau bouillie. Et voilà un plaisir d'autant plus grand pour une cuisinière comme moi qui rate par absence totale de spontanéité, de patienter en planant dans l'antichambre du goût tout en compilant frénétiquement les détails de la mise en scène avec cette espèce de soif qui caractérise bien l'impatience.
La recette est simple, des huitres chaudes dont la salinité va être prise au piège du mélange en bouche.
L'ébauche de cette recette qu'elle exécute ici, sereinement dans sa cuisine face à un public d'intimes, a vu le jour devant une petite dizaine de catalans et quelques touristes engourdis par la fatigue dans un restaurant du Barrio gotic qui avait pour spécialité de dévoiler une autre carte après le deuxième service. Cette mystérieuse carte du troisième service était vierge de tout ce qui faisait les deux premières puisque ses pages aux formes alambiquées et calligraphiées à la plume décrivaient le menu énigmatique de recettes IMPOSSIBLES. Le patron, plutôt remonté malgré l’heure, vantait à grand renfort de liqueur de grenache, les agapes confidentielles et littéraires qui se déroulaient il y a longtemps dans la cave de son restaurant et dont la carte était (c’est certain voyez-vous ) la preuve scripturale. En consultant cette relique, sûrement dans une pulsion de dévotion au fantasmoment, nous avons tous été tenté nous dire qu’il ne s’agissait pas d’une fiction -mais quoi alors ?- puis dans les ombres ondulantes, carrément endrapantes, dignes d’un décor de Gaudi, la carte est passée de mains en mains caressée comme une peau et nous l'avons parcourue en découvrant une nouvelle fois l’alphabet et le plaisir d’ouvrir l’univers des comestibles à la première page. Il y avait de nombreux mets pris aux filets des mots et prêts à être transformés, de la viande de mouton, des légumes, des figues, mais le premier plat s’appelait Astrabèle et sous-titrait petitement:
Coquillage contenant le monde dont la valve doit être cuite sur des charbons ardents.
En coin je l’ai vue sourire et soudain quelqu'un s'est écrié « Amenez des citrons! » et nous l'avons tous regardé comme de vrais possédés. Ce qui avait démarré par quelques tapas sur un coin de bar se terminait par la résurrection imprévisible d'une société conchylicole secrète. S'est-elle mise à cuisiner l’intérieur des coquillages ce jour là, par contorsion autour d'un moment? Les huitres ( les coques et les buccins et ..) ont été célébrées avec prolixité comme on remplit son verre, son calepin, le ventre d’un bateau de merveilles ramenées du bout du monde, et depuis quand je l'ouvre au couteau, Astrabèle est un mot plein.
12:05 | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cuisine
06.04.2008
Dedoublée

Le jeu des doublets a été inventé par Lewis Carroll lors d’un dîner vaporeux en manque de divertissement. Lui aussi n’était pas très sérieux mais savait bien faire semblant. L'exercice consiste à changer un mot en un autre en modifiant une seule lettre par étape. La chaîne est composée de maillons de même longueur et propose l'illustration d'un lien de dépendance dont les points de départ et d'arrivée n'ont pas de lettres identiques dans la même position. Originellement il y a d’autres contraintes comme l'exclusion de noms propres, et la chaine parfaite doit être construite avec le même nombre de palliers que de lettres. Mais l'imperfection ne nuit pas à la distraction.
[facile, l'émoi rend moite] EMOI VOILE TOILE MOITE [et dans sa main, une rose] MAIN SAIN AISE SIRE ROSE
[circulaire et bien connu, partir = retour] PARTIR TRAHIR RETIRA MAITRE MENTIR RENDIT TONDRE DETOUR RETOUR
[l'ennui, c'est quand même qu'écrire rend double] ECRIRE CROIRE RECRIE RECRUE ECROUE ENROUE OURLEE ROUBLE OUBLIE DOUBLE
L'échelle des doublets est vertueuse, elle rend visible certains sauts de puce de l'esprit dans une approche plutôt folâtre. Dans le fond, elle est très bloguesque. Un pallier, puis un autre. Ici le tracé est juste plus large que le mot , les encoches sont des historiettes peuplées de figures de l'instant, vivantes en pointillés mais qui ne vieilliront jamais, distraites par la volonté narcissique qui les guide et les épingle avec datation comme des curiosités de foire. Les traces de réalité affleurent dans la fiction, l’inverse aussi est vrai, plus confusément. Si dans toute action de création, il est possible d’expérimenter les choses sans les vivre par ce recyclage permanent des émotions et des idées, faut-il se laisser saisir par ce qu'on n'a pas encore pu donner ni recevoir? Le temps de l'écriture rend dissident à sa propre histoire. Une transaction qui peut être vécue par le foyer comme une disgrâce. Avec le plus grand naturel, suivant le fil, j'accepte de donner vie à ce que je n'ai pas vécu.
10:25 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : lewis carroll
02.03.2008
Dublin her
En général les muses tombent de nulle part.
Joyce a rencontré la sienne en déambulant sur Nassau street, ligne de circulation incurvée prenant sous son bras l'austère Trinity college. C'était en 1904. Aujourd'hui il aurait pu la croiser dans les jardins du Musée d'art moderne devant le labyrinthe végétal, avec vue sur l'assemblage de grues en marche pour transformer la ville tout comme les hommes monumentaux de McKenna* sont inscrits dans un mouvement réfléchi à leur place. A sa place toute intacte, j'aurais pu dire:
Assise sur un banc, elle fume un joint en regardant les cheminées fumer fumées. Chemise rose sous fourrure noire, la manche dépasse, carton d'invitation pour qui? Jamais vu autant d'hommes enkiltdeclan, débarquement, célébration, retour à la maison. Vite fait bien fait, coït sportif, tant mieux ça ne laisse pas de traces ces bons pratiquants ( sifflote en passant la Liffey). Seamus, lui, parle de son pays comme d'un frère meurtri au combat. Les impacts de balles des anglais sur les colonnes de la poste centrale, Árd Oifig an Phoist , résistance de flammes fières dans ses yeux, coeur sur la main et la main sur le compteur devant St Stephen Green. Passer et repasser la Liffey avec les mouettes qui montent la garde, collège bruyant criant krikrikri, bouffeuses de tripes de poissons à l'embouchure. Reflets argentés déplumés de couleur, sauf les portes. Sauf les portes, les trèfles et ses yeux. Et Madame? Prendra un pur malt the wild geese, vol d'oiseaux descendants d'irlandais au plafonnier. C'est de la tourbe qui brûle. Tous les soirs c'est Paddy Power dans la ville. Temple Paddy Bar. Bookmakers de leur solitude et bonne descente. Faut se frayer un chemin jusqu'au pub pour la voir faire des tracés sur la mousse, elle dessine mon nom dans la Guinness cinq lettres en une, amoureuse fortiche, rester au coude a coude au comptoir pour goûter l'écume du bout de ses doigts, resteresteresteresteresteresterester. Ou bien prendre le tram: le Luas transperce les faubourgs au couteau, Dublin grandit le bras en écharpe mais tout finit par cicatriser. De l'intérieur aussi. Et dans le wagon elle prend la gueule du chien de la fille assise à côté d’elle au creux de sa main. Paume reposoir pour tête de chien, ça fait rire la jeune irlandaise édentée. Edentée et camée. Donne sa jeunesse à la came , nuit après nuit. Cheveux roux sur-vêtement, survêtement dépareillé comme ses dents. Surement pas fréquenté Trinity college et ses étudiantes en jupes épaisses, drapé des statues en mouvement surveillé. Une bibiliothèque qui s'allonge d'un mètre par an, ça laisse peu de minutes excédentaires pour la bagatelle. Croise son regard qui joue de la harpe dans la Long Room, caisse de résonnance anti-persécution depuis le 15è siècle. Dans le genre barde érudite croise mon regard dans le genre conspirateur, c'est notre secret ce meli melo de noeuds de regards. Descendre O’Connell street puis longer les quais puis des briques à perte de perspective. Quartier géorgien, maison géorgienne, tenancier géorgien, M. Stauton aussi lui fait du pied, de l'oeil delamain. Et quoi d'autre encore ! Sur que je ferais pareil à sa place. Rayon jaune sur coquilles de jonquilles précoces. Sure que.
* James McKenna à l' IMMA Dublin en ce moment.
19:45 | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : james joyce
03.07.2007
Devoirs oulipiens de vacances
Comme mon avatar vit dans un monde de mots, je me demandais si je pouvais écrire une histoire avec les lettres de son nom*. Sacha Cythere. Un joli nom, brodé au revers de ma réalité, mais difficile à pratiquer lexicalement. SACHYTER. RETYHCAS. Trois voyelles et cinq consonnes, c’est maigre pour écrire une histoire. Par exemple je ne peux pas écrire une histoire basque, manque le X. Pire, je ne peux pas dire JE, ni TU. Ni ELLE. Impensable. Pourtant comme dans tous les jeux, la contrainte procure tout à trac... du plaisir.
Ce sac y est ? Sache y caser ce chat. Terre ! Ah ?
Coriace. Un vrai bondage fictionnel qui peut aussi fonctionner dans l'autres sens: écrire SANS les lettres qui y figurent (un octo-lipogramme* en s,a,c,h,y,t,e,r) et s'approprier un peu plus de la moitié de l'alphabet. S'imaginer y gagner en souplesse et découvrir que ça s'avère plus difficile que prévu, car A et E règnent en maîtresses dans les coulisses du monde des mots.
Je vise plus simple. Ma contrainte oulipienne du jour est serrée juste ce qu'il faut pour qu'elle me donne l'impression de souffler sur les braises d'un feu étouffé. Bien proportionnée, pas de démesure avant l’été, mais un peu cabotine quand même. Démarrer chaque mot par une lettre du nom de mon avatar dans une alternance raisonnée en formation pyramidale librement organisée. En faire une déclaration. Pour corser, je dois écrire dans un lieu qui ne soit pas immobile ( train, avion, ferry, ascenseur, tapis roulant etc.). Mais ça, c'est subsidiaire. A chacune ses petites manies.
AAAAAAAA (x8)
CCCCCCC (x7)
EEEEEE (x6)
SSSSS (x5)
TTTT (x4)
RRR (x3)
HH (x2)
Y (x1)
l'Express Skopelitis relie Athènes à Schinoussa en changeant, chaque semaine, sa route. Chaque étape traduit cette confrontation amoureuse avec toi. Aventure hasardeuse, simulacre aux yeux étrangers, ce transport Egéien est, comme toi, réticent à accepter l'Habitude.
Bien sur comme c’est bientôt les vacances, ne pas prendre l'exercice au pied de la lettre.
* Voir par exemple Georges Perec et la fameuse contrainte du lipogramme en E de "la disparition" ( un lipogramme est un texte interdisant une ou plusieurs lettres)
13:00 | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : oulipo
10.05.2007
Eloge des ratures
A force,
je donne de plus en plus de valeur au battement [au vivant] [ et de moins en moins à l’abstraction] [aux conventions] en cherchant avec précaution tous ses contenants [mais jamais sa substance] comme réponse [comme alternative] à ces questions [au temps qui passe] qui refusent de se laisser taire. Dans ces endroits [ces cachettes derrière l’arène] où nos journées parfois se rencontrent, j’attends le moment où tes pensées [humeurs] se défroissent [se rembobinent, puis clic] pour interroger les miennes [m’expliquer les leurs] et me donner du matériau pour écrire. Des signes barrés, j’en ai plein les poches de mon jean [mon carnet vert, perdu avalés par les mondes impossibles][ semé le long des frontières intimes][ superposé à tes lettres, vendu en low cost ] et tu as la liberté de refuser de décoder ces va-et-vient [de me répondre encore], parfois trop émotifs [si contradictoires].
00:00 | Lien permanent | Commentaires (1)
23.12.2006
Le cytheriseur de texte antique
Pour amatrices(teurs) de la poésie d'Homère, uniquement.
Je ne sais pas ce qui s'est passé dit Pénélope, Circé m'est revenue à la place d'Ulysse.
« Pénélope: Ulysse, excuse-moi!..mais toujours je l'ai connue la plus énigmatique des femmes! Nous comblant de chagrins, les dieux n'ont pas voulu nous laisser l'une à l'autre à jouir du bel âge et parvenir ensemble au seuil de la vieillesse! Mais aujourd'hui elle est ici, pardonne Circé et sois sans amertume si, du premier abord, je ne t'ai rien révélé! Dans le fond de mon coeur, veillait toujours la crainte qu'une autre femme ne me vînt abuser par ses contes; il est tant de fâcheuses qui ne songent qu'aux ruses! Ah la fille de Zeus, Hélène l'Argienne, n'eût pas donné son lit à la femme de là-bas, si elle eut soupçonné que les fils d'Achaie, comme d'autres Arès, s'en iraient la reprendre , la rendre à son foyer, au pays de ses pères; mais un dieu la poussa vers cette oeuvre de honte! Son coeur auparavant n'avait pas résolu cette faute maudite, qui fut, pour nous aussi, cause de tant de maux! Mais tu m'as convaincue! La preuve est sans réplique! tel est bien notre lit! En dehors de nous deux, il n'est à le reconnaître que la seule Aktoris, celle des chambrières, que, pour venir ici, mon père me donna. C'est elle qui gardait secrète l'entrée de notre chambre aux épaisses murailles...Tu vois: mon coeur se rend, quelque cruel qu'il soit! Mais Circé, à ces mots, prise d'un plus vif besoin de sangloter, pleurait. Elle tenait dans ses bras la femme de son coeur, son amie la plus ancienne! Elle est douce, la terre, aux voeux des naufragés, dont Poseidon en mer, sous l'assaut de la vague et du vent, a brisé le solide navire: ils sont là, quelques-uns qui, nageant vers la terre, émergent de l'écume;tout leur corps est plaqué de salure marine; bonheur! Ils prennent pied!ils ont fui le désastre!...La vue de son ancienne amie lui semblait aussi douce: ses bras blancs ne pouvaient s'arracher à ce cou. L'Aurore aux doigts de roses les eût trouvés pleurantes, sans l'idée qu'Athena, la déesse aux yeux pers, eut d'allonger la nuit qui recouvrait le monde: elle retint l'Aurore aux bords de l'Océan, près de son trône d'or, en lui faisant défense de mettre sous le joug pour éclairer les hommes, ses rapides chevaux Lampos et Phaéton, les poulains de l'Aurore. »
Pour le texte , Homère, Odyssée XXIII
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