30.09.2006

Apprentissage du coming-out

Fin des années 70, n'importe où en France.

Apex 1 :Mon cœur se suspend un instant, puis je pose le menton sur mes genoux. Il existe donc des prisons pour femmes ! D’ailleurs, on vient de la projeter sans ménagement dans une cellule qui a pourtant l’air indisponible. Celles qui l’occupent ne semblent pas heureuses de la voir arriver, une en particulier, plus robuste, le profil d’un pilier de temple romain, bouche de travers.

Apex 2 : Intimidation, défiance, conjecture, simulacre, je croise les bras devant tant de sournoiserie. Sitôt je me vois dans ce réfectoire pour la défendre, la parole placée haut, captant les regards fuyants. Au lieu de ça, je sursaute car une porte vient de claquer. Rien de grave. Le passage d'un adulte. Des voix familières survolent ma sphère allégorique sans parvenir à percer sa surface. Mes paraboles suivent désormais des chemins INDEPISTABLES pour eux. Et je ne laisse pas de petits cailloux. Je ne veux surtout pas qu’ils découvrent que le poucet du conte a été remplacé par une brune aux yeux clairs avec un matricule sur la poitrine. En plus, je pressens déjà que j’aime les uniformes. Trop déconcertant. Trop décalé. Dans ce flou légal de l’enfance, ma perception indique une sorte d’écart entre eux et moi qui va, par la suite, m’emmener en cascade bien plus loin que je ne l’imagine. Il s'agit du début d'un apprentissage à contre-champ de leur vision.

Apex 3 : Voilà, elle est enchaînée dans un champ. Mais il y a chaîne et chaîne. Certaines contiennent déjà une promesse d’évasion. J’ai des indices convergents. L’action réclame son dû et son uniforme se déchire, mais c’est déjà la fin de l’histoire. Kelly sourit dans un grand bureau et ses gestes sont amples, tout son être est délié, délié des entraves, délié de l’uniforme, délié des contraintes de mon âge . Maintenant j'entrevois mes propres chaînes car je ne sais pas comment lui avouer que je l’aime. Fin de l’épisode.